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De la beauté avant toute chose

par Christian Wasselin

Théophile Gautier a deux cents ans.

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Contrairement à Verlaine, Théophile Gautier ne nous a pas laissé d’art poétique en forme de poème, mais son œuvre tout entier est le fruit d’une hantise : celle de la beauté, celle de l’art conçu comme une chose inutile donc nécessaire. Sa poésie, ses romans, la préface à Mademoiselle de Maupin bien sûr, sans oublier ses nombreux écrits critiques sont à l’image de cette seule et douce obsession.

Pour célébrer le bicentenaire de sa naissance (eh oui, Gautier aurait l’âge de Liszt), l’amphithéâtre de l’Opéra-Bastille a conçu un spectacle à la gloire d’un poète qui ne refusa jamais, contrairement à Hugo, qu’on déposât de la musique le long de ses vers. Sa Chanson du pêcheur, par exemple, fut mise en musique par Gounod (deux fois, en 1841 et en 1872 !) et par Fauré, et c’est avec l’intelligence musicale et le sens du drame en miniature qu’on lui connaît, que Françoise Masset fait entendre ces pages méditatives avec la complicité du pianiste Nicolas Stavy. Berlioz, curieusement, qui fut l’ami de Gautier et conçut ses Nuits d’été à partir de six poèmes de La Comédie de la mort, est absent de la soirée. Un choix qui allait trop de soi ? Peut-être. On aurait aimé entendre une quatrième version de la Chanson du pêcheur, mais ce sera pour une autre fois.

La surprise vient de Manuel de Falla. On le savait francophile et ami de Debussy et de Ravel, on connaît moins ses mélodies sur des textes de Gautier. Or, il en a fait trois, dont une Seguidille au brio impeccable et surtout une page d’une tout autre mélancolie, Les Colombes.

Sur la scène de l’amphithéâtre également, le toujours juste Jacques Bonnaffé, très à l’aise en robe de chambre escamotable, lit avec drôlerie des pages toujours enlevées, parfois graves, dont le lien avec la musique ne va cependant pas toujours de soi. Un pas de deux dansé par Clairemarie Osta et Mathieu Ganio, enfin, nous rappelle que Gautier imagina l’argument de Giselle, accompagné ici par le piano d’Elena Bonnay et l’alto de Laurent Verney, lequel joue aussi quelques trop brèves pages de Schumann. Le lien entre Gautier et les Allemands ? Nerval bien sûr, qui fut l’ami de l’un et le double des autres.

Christian Wasselin

photo : Théophile Gautier photographié par Nadar
Théophile Gautier à l’amphithéâtre Bastille, 29 septembre. Françoise Masset, soprano ; Nicolas Stavy et Elena Bonnay, piano ; Laurent Verney, alto ; Jacques Bonnaffé, récitant ; Clairemarie Ota et Mathieu Ganio, danseurs étoiles.

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2 Messages

  • De la beauté avant toute chose 11 octobre 2011 20:26, par Jean-Loup Martin

    "Théophile Gautier ne nous a pas laissé d’art poétique en forme de poème" : Mais si !!! Le dernier poème d’Emaux et Camées s’intitule "L’Art" et commence ainsi :
    "Oui, l’oeuvre sort plus belle
    D’une forme au travail
    Rebelle
    Vers, marbre, onyx, émail"
    Avant d’écrire quelque chose, il faut vérifier, s’informer !!!
    Cordialement, Jean-Loup Martin.

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    • De la beauté avant toute chose 12 octobre 2011 17:07, par Christian Wasselin

      Cher monsieur,

      Merci d’avoir réagi à mon modeste article. Faites-moi la grâce de croire que j’avais présent à l’esprit le poème célèbre que vous citez, mais qui n’a jamais été pour moi le manifeste d’un quelconque art poétique à la manière de Verlaine, auquel je fais allusion. J’ai toujours lu le dernier poème d’"Emaux et Camées" comme un manifeste politique, ou plutôt anti-politique, sur le thème : tout passe (sous-entendu le Temps, auquel l’Histoire prétend donner une forme et la Politique un sens), seul l’art est intemporel. Je ne l’ai en revanche jamais lu comme une rêverie sur la poésie elle-même, sur les mètres, etc. Non pas la poésie elle-même, donc, mais son statut. Vous me direz que je joue sur les mots : soit. Mais si vous me permettez un souvenir personnel, je me rappelle avoir déjà eu cette conversation avec un de mes professeurs de lycée qui, pour sa part, ne jurait que par l’engagement !

      Bien à vous,
      Christian Wasselin

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