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Critiques / Théâtre

De Pékin à Lampedusa de Gilbert Ponté

par Gilles Costaz

Noblesse et malheur d’une migrante somalienne

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L’histoire de Samia a fait quelque effet dans le flux de l’actualité et s’est dispersée dans l’abondance des informations sur les migrants et leurs innombrables tragédies. Samia Yusuf Omar a représenté son pays, la Somalie, aux Jeux olympiques de Pékin, en 2008 : dans la discipline du 200 mètres, elle n’a pas dépassé le stade des éliminatoires, mais l’on a parlé de cette jeune et courageuse athlète, venant défendre les couleurs d’une nation peu connue dans le domaine du sport et particulièrement dans le cadre du sport féminin. A son retour, elle n’est pas longtemps une célébrité. Le pouvoir, assuré par des fondamentalistes de l’Islam, lui reproche sa participation aux JO, lui interdisent de reprendre la vie sportive et la contraignent à adopter le comportement traditionnel des femmes musulmanes. La jeune fille n’a qu’un rêve : s’échapper pour participer aux JO de Londres, en 2012. Elle emprunte un jour la filière des passeurs. Elle traverse un morceau de l’Afrique et du Proche-Orient, prend un bateau en direction de l’Italie. Elle sera retrouvée morte dans un bateau pneumatique à proximité de Lampedusa, en 2012. Elle avait 21 ans.
Gilbert Ponté lui rend hommage dans une pièce écrite surtout à la première personne : Samia se raconte, dit ses espoirs, son bonheur de se retrouver parmi les plus grandes championnes, la violence machiste du pouvoir politique et religieux, sa fuite, son long voyage illuminé par l’espoir et pourtant sans espoir. Ponté a réinventé cette tragédie, comblant les trous de témoignages qui ne sont pas très nombreux. En prenant en charge le drame de Samia, c’est celui de centaines de milliers de femmes broyés par la misère et la violence qu’il projette dans la lumière du théâtre. L’écriture et la mise en scène de Gilbert Ponté fonctionnent sur la pulsation des mots et l’intensité du personnage, d’une manière très simple et très pure. Elles sont portées par une actrice dotée d’une belle vivacité, Malyka R. Johany, chez laquelle l’émotion affleure sans pathétique et qui module avec justesse les variations de l’âme et de l’enchaînement des événements. Attachée à la noblesse de son personnage de passion et de défi, elle reste au centre de la scène et, avec un minimum de gestes, en jouant avec quelques détails de son vêtement, en donnant de plus en plus d’intensité à sa voix et à sa présence, flamboie de différents feux. Bien écrit et bien joué contre notre indifférence !

De Pékin à Lampedusa, l’histoire de Samia Yusuf de Gilbert Ponté, mise en scène de l’auteur, lumières de Kosta Asmanis, costumes d’Anne-Marie Molénat, avec Malyka R. Johany.

Essaïon, 19 h 45 les lundi et mardi, tél. : 01 42 78 46 42. (Durée : 1h 10).

Photo La Birba compagnie.

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