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Critiques / Théâtre

Darius de Jean-Benoît Patricot

par Gilles Costaz

Le voyage immobile

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Un enfant a été soudain victime de la paralysie. Il aimait les voyages, il ne voyagera plus. Il ne se déplacera plus que porté par les autres ou par un fauteuil équipé de roues. Sa mère a l’idée de le faire voyager par l’olfaction. Elle va lui faire traverser le monde grâce à des parfums qui seront faits pour lui. Elle cherche un créateur de fragrances à même de concevoir les éléments nécessaires à ce tour du monde immobile. Les fabricants de senteurs hésitent, se dérobent ; l’un d’eux accepte le défi. Désormais le garçon pourra se croire à New York ou à Rome selon la fiole de parfum qui lui sera apportée. Dans la pièce de Jean-Benoît Patricot, l’enfant est invisible. Ne sont sur scène que la mère et l’inventeur d’émotions sensorielles. La mère suggère. L’artisan discute, dialogue. Ils se parlent à distance. Ils s’écrivent en fait, alors que la magie du théâtre les représente dans un duo où ils sont prêts à se toucher. D’ailleurs, ils se rejoignent, affectivement, car ils vivent une aventure commune qui passe par l’amour d’un enfant et pourrait les rapprocher au-delà de la relation professionnelle. Très vite, entre eux, le rapport classique et froid du client et du marchand a explosé.
Le beau théâtre de Jean-Benoît Patricot est apparu l’an dernier sur nos scènes. Tout d’un coup deux pièces de Patricot dans le off d’Avignon, PompierS et ce Darius arrivé à présent à Paris ! La souffrance, l’humiliation, les blessures infligées aux innocents sont, manifestement, ses obsessions. PompierS parle d’un viol collectif, et c’est un des spectacles les plus bouleversants qu’on ait pu voir l’an dernier. Darius est innervé d’une même sensibilité, d’une égale tendresse pour les victimes. Mais la douleur est moins à vif. L’écriture est, là, virtuose, heureuse de sa virtuosité. Le principe du parfum à créer inspire étonnamment Patricot qui réussit à rester dans un équilibre brillant, sur des notes toujours acrobatiques, du début à la fin du texte. Anne Bouvier, dans sa mise en scène, gomme habilement le cadre de la rencontre épistolaire, en faisant de ce duo un vrai couple juste séparé par un écran invisible. Les interprètes sont très attachants. Clémentine Célarié est, comme souvent, un rayon de soleil, une boule de sentiments qui se déploient délicatement. Pierre Cassignard est d’une présence remarquable, dans une intériorité tendue où il fait circuler la tendresse et le besoin du repli sur soi. La délicatesse se met sans cesse au service du brio.

Darius de Jean-Benoît Patricot, mise en scène d’Anne Bouvier, scénographie d’Emmanuelle Roy, musique de Raphaël Sanchez, lumières de Denis Koransky, avec Clémentine Célarié et Pierre Cassignard.

Mathurins 36 rue des Mathurins 75008 Paris, 19 h, tél. : 01 42 65 90 00. Texte chez Riveneuve/Archimbaud. (Durée : 1 h 15).

Photo Richebé.

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