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Critiques / Danse

Daphnis et Chloée version Millepied

par Yves Bourgade

Une relecture d’un classique réussie

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Comme pour les chevaliers du Moyen-âge, on parle d’adoubement réussi de Benjamin Millepied, directeur désigné de la danse du Ballet de l’Opéra de Paris pour lequel il vient de signer une nouvelle version chorégraphique de la fameuse musique de Maurice Ravel Daphnis et Chloé. C’est oublier que ce jeune chorégraphe français avait déjà collaboré depuis 2006 avec la compagnie pour Amoveo et Triade et qu’ailleurs il a signé des relectures intéressantes de Casse noisette , des Sylphides et d’un Spectre de la rose .

L’actuelle directrice de la danse Brigitte Lefèvre qu’il remplacera à l’automne 2014, savait donc ce qu’elle faisait en lui confiant la tâche de faire vivre une partition avec sa partie chorale composée par Maurice Ravel en 1912 pour les Ballet russes.
Pour elle, la danse « à la fois fluide et contrastée » de Millepied, sa maîtrise de la technique classique qui n’exclut pas un langage plus personnel, garantissaient le succès. Elle ne s’est pas trompée et a fait un autre bon choix en sollicitant la collaboration de l’artiste Daniel Buren (l’homme des colonnes du Palais royal à Paris) pour la scénographie qu’il a conçue en fonction du vaste plateau de l’Opéra Bastille, selon sa technique habituelle d’utilisation de la couleur, du mouvement et de l’éclairage. Ce que Brigitte Lefèvre ne savait pas lorsqu’elle a lancé ces invitations, c’est que Millepied serait son successeur.

La création de cette nouvelle lecture du Daphnis et Chloé de Ravel est de ce fait à apprécier dans ce nouveau contexte et les premiers accueils favorables qu’elle reçoit de la presse et du public ainsi que la réceptivité des danseurs du Ballet à ce nouveau « patron », sont de bonne augure.

Que l’Opéra de Paris compte à son répertoire une nouvelle et originale version chorégraphique d’une musique considérée comme géniale, est capitale.
C’est en 1921 que le Russe Michel Fokine, créateur de la première version de Daphnis et Chloé au sujet inspiré d’une pastorale d’un écrivain grec du IIème siècle pour les Ballets russes, fit entrer cette composition au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris, dans les décors et costumes de Léon Bakst.

Le sujet pastoral de Daphnis et Chloé , les chastes amours un temps contrariées de deux protagonistes, un berger et sa promise, et la musique de Ravel, sollicitèrent à nouveau les chorégraphes à partir des années 1950, notamment en 1959 Georges Skibine dans des décors et costumes du peintre Marc Chagall pour l’Opéra de Paris.
La version que propose l’équipe Millepied-Buren rejointe pour la musique par le chef Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris, s’attache au couple Daphnis et Chloé et aux grandes lignes de ses mésaventures (la jeune fille est enlevée par des pirates et délivrée par Pan), cependant dans un espace hors du temps et avec des images sans référence à l’Antiquité.

Le style de danse suave avec des mouvements comme suspendus cultivé par Millepied, avec des pointes et demi-pointes pour les femmes et de nombreux pas de deux pour cinq danseurs solistes, l’inscrit dans la continuité de George Balanchine et de Jerome Robbins. Rien d’étonnant à cela. On n ‘est pas impunément soliste du New York City Ballet de 1995 à 2011...

Comme chorégraphe, il a su tirer partie du bagage de 23 étoiles et danseurs de l’Opéra de Paris, ici sollicités et à la fois rompus à la technique classique et sensibilisés aux apports du langage moderne.
La scénographie mouvante de Daniel Buren est composée de grande figures géométriques colorées, tantôt cercle, carré, triangle et des fameuses rayures verticales alternées de l’artiste, qui sont décalées par rapport à la danse et au final déteignent sur les costumes aux lignes simples de Holly Hynes.
Le mariage heureux entre danse, musique et arts plastiques se retrouvent dans « Le palais de cristal » de Balanchine sur la symphonie en ut majeur de Bizet qui est affiché au même programme que la nouvelle version de Daphnis et Chloé .

Le couturier Christian Lacroix a imaginé de nouveaux costumes, rouge, bleu nuit, vert et rose chair pour ce « Palais de cristal » créé à l’origine pour l’Opéra de Paris en 1947dans des décors et costumes de Leono Fini.
Ce diptyque Balanchine-Millepied compose une représentation qui témoigne en faveur de la vitalité d’une danse certes classique, mais terriblement stimulante lorsqu’elle est interprétée avec esprit.

Ballet de l’Opéra de Paris, Georges Balanchine, Benjamin Millepied :
Opéra Bastille  : 19H30, 21, 26 , 28, 29, 31 mai, 3,4, 6 juin
14H30, 18, 25 mai, 8 juin. (2h 05 avec entracte)

photos Agathe Poupeney

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