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Critiques / Théâtre

Dans les Appalaches de Luc Cendrier

par Gilles Costaz

Les huluberlus de l’absurde

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D’où viennent-ils, ces deux-là, paumés, égarés, le corps encore debout mais le cerveau en dérapage continu, fatigués mais persuadés que personne ne repère qu’ils sont au bout du rouleau ? Lui porte avec sérieux des fripes colorées qui ont peut-être appartenu à un clown. Elle, en gilet noir et pantalon rouge, a un peu plus d’élégance mais, sous sa casquette (lui aussi en porte une, ça fait sportif), travaille du chapeau. Ils se disent philosophes et prétendent recouvrer l’attention de quelques élèves (les élèves, c’est nous, les spectateurs). On veut bien les croire mais, plus que des profs, ils sont les clochards célestes de Kerouac et ces huluberlus de l’absurde qui attendent patiemment l’impossible et s’arcboutent dans un combat perdu d’avance.
Nos deux passants groggy se promettent sans cesse de « réfléchir » et de « se reprendre ». Mais tout file entre les mots de leur dialogue, pourtant brillant. Luc Cendrier écrit des répliques comme « A quel âge ça peut être la jeunesse ? », « Le jour où la mort précèdera la naissance, on gagnera du temps », ce qui le place souvent à la hauteur des Allais, Ribes ou Dubillard. Les deux misérables se demandent, en cours de route, « par quoi on commence ». Ils tournent en rond, se disent qu’il faudrait réfléchir « haut de gamme » ou atteindre au « génie » mais n’y parviennent pas. Pas du tout ! Avec Cendrier la comédie de l’échec est une affaire victorieuse. On y rit sans cesse, à la meilleure hauteur cérébrale.
Porteurs d’un texte acrobatique, aux difficultés piégeuses, Luc Cendrier lui-même et Marie-Claire Davy mettent en place un jeu de quête mentale de toute beauté : ils font éclater des instants de certitudes dans un tangage où s’enroulent implacablement les incertitudes. La mise en scène de Marie-Claire Davy place joliment ces deux êtres dans une étrange complicité où ils sont à la fois ensemble et loin de l’autre. Leur spectacle ne permettra guère de visiter les Appalaches – il faut toujours se méfier des titres - mais nous apprendra que la grande époque du duo comico-métaphysique, qu’on croyait révolue, est revenue grâce au tandem Cendrier-Davy.

Dans les Appalaches de Luc Cendrier, mise en scène de Marie-Claire Davy, assistée d’Isabelle Lebailly, avec Marie-Claire Davy et Luc Cendrier. (Le spectacle est précédé d’un court récital de chansons de Christian Bourdel.

Théâtre de l’Orme 16 rue de l’Orme 75019 Paris, theatredelorme yahoo.fr et théâtre du Tabouret, 06 52 75 38 20, jusqu’au 11 juillet.

Photo DR.

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