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Critiques / Théâtre

Cuando vuelva a casa voy a ser otro de Mariano Pensotti

par Corinne Denailles

Musée imaginaire

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L’Argentin Mariano Pensotti était l’invité du Festival d’Avignon 2015 avec ce spectacle déroutant en forme de puzzle qui explore les facettes de la question de l’identité sur un mode narratif déstructuré qu’on pourrait résumer ainsi : peut-on être et avoir été ? Comment notre passé, et celui de la société, nous renseigne-t-il sur nous-mêmes ? Est-il constitutif de notre identité ? Dans la mesure où tout change, quelle valeur le passé peut-il revêtir aujourd’hui et qui suis-je entre passé et présent ? Au-delà de ces interrogations, surgit la question du double qui traduit la distance entre moi et ma figure idéale, ainsi formulée par Pensotti : « au fil des années on devient son propre double qui reflète une personne construite sur un mythe qui n’existe pas. » Questions philosophiques complexes et passionnantes mises en scène à la manière de ces livres d’images « pop-up » pour les enfants, où à chaque page tournée surgit une scène ou des éléments en trois dimensions traités dans une esthétique kitch aux couleurs flashy.
Le dispositif (conçu par Mariana Tirantte) s’inspire d’une exposition éducative que Mariano Pensotti enfant a visitée dans un musée de Patagonie. Deux tapis roulants font défiler les scènes comme un travelling au ralenti, en fond de scène, des vestiges archéologiques (Parthénon, pyramides égyptiennes), des dinosaures, un lion, des pingouins sur la banquise (future trace de notre société) défilent sur un panoramique. Au-dessus de la scène, un carton indique les chapitres, comme dans un roman, et donne des indications comme pour les films muets.

Mythologies

La pièce ("quand je rentrerai à la maison, je serai quelqu’un d’autre") prend pour point de départ l’histoire vécue par le père de Pensotti. Militant révolutionnaire durant la dictature, il avait enterré des objets compromettants (livres marxistes, revolver, etc.,qui défilent sur des présentoirs comme dans une exposition) dans le jardin de son grand-père en Patagonie. En 2015, quarante ans plus tard, il les retrouve mais parmi eux figure un intrus, une cassette inconnue sur laquelle est enregistrée une chanson, objet non identifié et perturbateur. La recherche de cette cassette fait fonction de fil rouge du spectacle dans lequel se croisent les histoires de quatre personnages. Le militant Alfredo confronté à l’image du jeune homme qu’il était ; son fils Manuel qui fut un brillant metteur en scène mais aujourd’hui se contente d’organiser des campagnes électorales ; Natalia, la chanteuse du groupe de rock Les révolutionnaires morts, qui reconnaît la voix de son père à la radio dans cette même chanson détournée et récupérée pour une de ces campagnes et grâce à quoi elle connaîtra un éphémère succès d’été ; Damian, homme politique de gauche qui usurpe l’identité de Manuel (une manière d’exister) et se fait passer pour le metteur en scène du spectacle qui valut le succès à Manuel quinze ans auparavant, et finira dans un cabaret de travestis (double et autre) qui chantent les Beatles (I want to hold your hand). Tous aux prises avec ce qu’ils auraient voulu être (grand metteur en scène, chanteuse célèbre, homme politique) et ce qu’ils sont, avec la distance entre l’image idéale et la réalité.
Nous sommes faits des vestiges archéologiques de notre histoire personnelle, familiale, culturelle, sociétale, et notre identité puise ses racines dans cette mythologie dans le dédale de laquelle on cherche un invisible fil d’Ariane qui nous conduirait à une vérité improbable. Une proposition théâtrale et philosophique frappée au coin de l’esprit argentin qui emprunte souvent des chemins narratifs inédits pour nous, audacieux, inventifs et qui n’excluent pas l’autodérision.

Cuando vuelva a casa voy a ser otro, texte et mise en scène de Mariano Pensotti ; scénographie et costumes, Mariana Tirantte ; lumières, Alejandro Le Roux ; musique, Diego Vainer. Avec Santiago Gobernori, Andrea Nussembaum, Mauricio Minetti, Agustín Ritano, Julieta Vallina. A la MAC de Créteil jusqu’au 13 février à 20h puis à Nanterre Amandiers du 17 au 20 février, à 20h30, le jeudi à 19h30. Durée : 1h20.
Résa Créteil : 01 45 13 19 19
www.maccreteil.com
Résa Nanterre : 01 46 14 70 00
www.nanterre-amandiers.com

© Christophe Raynaud de Lage/ Steirischer Herbst/ Wolfgang Silveri

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