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Critiques / Comédie & Humour

Croque Monsieur de Marcel Mithois

par Marie-Laure Atinault

Vive le théâtre de boulevard de Papa

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La pièce de Marcel Mithois connaît avec une Fanny Ardant étonnante, un vrai coup de soleil !

Un coup de feu déchire la tranquillité nocturne de la villa Baisos.

Le milliardaire péruvien Baisos n’est plus. Dans tous les sens du terme !

Sa veuve, l’impériale Coco, est consternée. La mort de son époux est terrible, soit, mais le fait qu’il se soit suicidé parce qu’il est ruiné est un scandale ! Encore veuve ! Et pour la cinquième fois, ce n’est plus de la négligence mais une fatalité. Coco n’est pas femme à se laisser porter par les événements. Forte du dicton « On ne prête qu’aux riches », elle l’adapte en : « On épouse mieux la femme d’un milliardaire vivant ». Courageuse Coco, qui tient à préserver une qualité de vie à ses (grands) enfants, décide de trouver un mari, riche bien sûr.

En commençant par son voisin un banquier, Coco ne savait pas que vamper Anatole Longvy était l’équivalent de faire l’ascension de l’Himalaya en talons aiguilles. Mais Coco est la femme de tous les défis, enfin presque, elle n’est pas encore prête à préférer le cacao au caviar. Grâce à sa meilleure amie et à son agenda, Coco cherche un milliardaire, bon un millionnaire peut faire l’affaire. Mais cacher la mort de son mari n’est pas chose facile et l’inspecteur Bécot n’est pas homme à se laisser embobiner comme ça ! Alors faute de se faire passer la bague au doigt, Coco va-t-elle porter les bracelets de la préfecture de police ?

Croque Monsieur fut créée par Jacqueline Maillan en 1964, un triomphe. La pièce de Marcel Mithois fut reprise avec plus ou moins de bonheur. La mise en scène de Thierry Klifa lui rend hommage en offrant à Fanny Ardant, l’occasion de prouver à ceux qui ne l’avaient pas encore compris qu’elle pouvait faire rire. Fanny-Coco apparaît et le public est saisi par sa beauté, sa classe. Le début est un peu laborieux et inquiète. Mais après un bon quart d’heure d’échauffement toute la distribution nous entraîne pour ce speed-dating d’un genre particulier. L’ineffable Anatole Longvy, prononcer longue vie, est campé par un Bernard Menez épatant. Il compose ce vieux garçon, dont seul le taux du CAC 40 peut enthousiasmer, avec une jubilation contenue. Il forme avec Fanny Ardant, le couple le plus inattendu et le plus glamour de cette rentrée théâtrale. Michaël Cohen est un policier tout droit sorti des films des années soixante : un tiers de Clouzeau, un tiers de l’inspecteur Leclerc, un tiers de Maigret, et bien agité cela donne l’inspecteur Bécot, qui est, il faut bien le dire, assez craquant !

Auguste est l’homme de confiance, celui qui a connu tous les maris de Coco. Pierre Rochefort le compose avec humour et distance, il renouvelle le rôle souvent tenu par des hommes d’âge mûr. Le spectacle est émaillé par des chansons joliment troussées par l’excellent Alex Beaupain. Ces parenthèses musicales donnent une légèreté, une insouciance délicieuse au spectacle.

Fanny Ardant chante de cette voix un peu rocailleuse, au phrasé un peu traînant, aux tonalités sombres et chaudes. Il suffit qu’elle apparaisse pour que la salle soit happée par son charme, son élégance. On la sent heureuse, jubilant de jouer ce répertoire qui lui semblait interdit. Alors vive Coco et vive Fanny, ce Croque Monsieur à la sauce Klifa est exquis !

Croque Monsieur de Marcel Mithois - Mise en scène Thierry Klifa
Avec Fanny Ardant, Bernard Menez, Vittoria Scognamiglio, Michaël Cohen, Julia Faure, Pierre Rochefort, Jean-Baptiste Lafarge, Sebastien Houbani
Théâtre de la Michodière www.michodiere.com

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