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Critiques / Théâtre

Criminel de Yann Reuzeau

par Gilles Costaz

Explosions mentales

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Après une longue saga politique, Chute d’une nation, qui a connu un grand retentissement, Yann Reuzeau revient au travail en champ clos, à l’observation microscopique : la cellule du couple, le tissu familial. Le fait divers intervient dans cette mise à nu, ou plutôt le poids du passé où un crime a été commis. Au début de la pièce, un couple, qui regarde son enfant jouer, est tout à coup électrisé par une nouvelle arrivant par sms : le frère de la jeune femme, qui a été emprisonné pour avoir tué son père, va être libéré. Quinze ans ont passé depuis la condamnation du frère. Une certaine tranquillité dans les rapports s’est installée peu à peu. Mais, avec le retour du meurtrier, tout menace d’exploser et tout explose. Explosion ou implosion ? Les relations sont peu à peu ébranlées entre deux couples : ce ménage qui allait si bien, le criminel et son ex-amie qui voit revenir un personnage qui a changé et contre lequel elle a témoigné d’une manière mensongère. Les quatre personnages se croisent, toujours deux par deux (jamais à trois ou quatre), et s’expliquent, contenant et libérant leur douleur et leur violence, tandis que, parfois, en flashes-back, surgissent des scènes du passé – notamment ce meurtre, évoqué en trois séquences différentes.
Bien qu’il ne soit pas d’une clarté immédiate (dans un premier temps, on se perd un peu dans la complexité de la construction), le texte de Yann Reuzeau est d’une très belle nervure. C’est de la souffrance à l’état pur, et non pas à l’état brut. Le raffinement de cette prose pourtant rugueuse est tout à fait musical. L’auteur a su diriger un quatuor d’acteurs à la personnalité originale et au jeu intériorisé : Frédéric Andrau, à la douceur empreinte d’une gravité sans cesse modulée ; Sophie Volanthen, toujours étonnamment à vif ; Morgan Perez, qui, pour le rôle du criminel, détaille une explosion mentale faite d’opacité et de lucidité ; et Blanche Veisberg, à l’opposé de ces trajectoires torsadées, directe et juste dans la fureur de vivre. L’utilisation d’une belle scénographie de Goury, faite de quelques éléments morcelés qui sont déplacés et changés de scène en scène, ajoute à la fascination d’un spectacle brûlante, d’une écriture vraiment contemporaine.

Criminel d’Yann Reuzeau, mise en scène de l’auteur, lumières d’Elsa Revol, scénographie de Goury, musique de Christine Moreau, avec Frédéric Andrau, Morgan Perez, Blanche Veisberg, Sophie Vonlanthen.

Manufacture des Abbesses, 21 h les lundi et mardi, 20 h le dimanche, tél. : 01 42 33 42 03. (Durée : 1 h 30). Texte aux éditions Actes Sud Papiers.

Photo Gaël Rebel.

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