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Critiques / Opéra & Classique

Cosi fan tutte de Wolfgang Amadeus Mozart

par Caroline Alexander

Mozart chorégraphié en grâce

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A sa création en janvier 2017, la mise en scène de ce Mozart revisité par la chorégraphe Anna Teresa de Keersmaeker ne fit guère l’unanimité (voir WT 5550 du 31 janvier 2017). Neuf mois plus tard, sa relance au Palais Garnier séduit plus qu’elle ne dérange. La salle est comble, le public accueille avec enthousiasme l’étrange détournement pratiqué sur le plus intimiste des opéras de Mozart.

En préambule de cette reprise, quelques instants d’émotion quand le directeur Stéphane Lissner vient rendre hommage à Pierre Bergé, homme clé de l’institution, qui vient de disparaître. Il avait aimé cette production hors des rails traditionnels.

L’immense plateau dénudé d’un blanc glacial, ses panneaux de plexiglas et sa « servante » - la lampe sentinelle du théâtre – sont toujours en place. L’absence de décor en relation avec le sujet de l’opéra, les costumes passe-partout sont restés tels quels. Sur l’ouverture les personnages et leurs doubles se placent toujours en arc de cercle face au public et se balancent au rythme des tempos de la musique.
A l’évidence, ce Cosi tourne le dos à sa conception théâtrale et se mue en ballet. Un ballet chanté qui raconte une histoire, un ballet où chaque personnage est double. Tandis que l’un utilise sa voix, l’autre s’exprime avec son corps. Le parti pris est net et cohérent. Et son exécution sans faille.


Deux distributions étaient à l’affiche en janvier. Ce sont les chanteurs et danseurs de la seconde qui cette fois occupent à part entière le terrain. Longue, fine jusque dans ses aigus la soprano suédoise Ida Falk-Winland (doublée par Cynthia Loemij) incarne une Fiordiligi distante, perturbée jusqu’à en perdre quelques graves. A l’inverse de Stéphanie Lauricella, mezzo au timbre vaporeux, qui fait de Dorabella une femme à la sensualité à fleur de peau et de voix. Samantha van Wissen, son double, exprime le même appétit. Cyrille Dubois en Ferrando compose un personnage naïf, dépassé par les événements. D’abord indécis il chauffe peu à peu son timbre et son jeu jusqu’à obtenir, aux deuxième acte, une belle émotion vocale et dramatique aussi bien dans son aria solo que dans son duo avec Fiordiligi. Guglielmo trouve en Edwin Crossley-Mercer une créature taquine, au corps élastique (il danse aussi bien que son duplicata Michaël Pomero) et aux graves profonds de baryton basse. Mária Celeng escortée par la sautillante, tournoyante Yulka Hashimoto est une Despina à l’insolence affichée et à la clarté vocale capable de tous les déguisements. Manipulateur de toute l’intrigue, Don Alfonso exprime son cynisme dans le timbre et le jeu bon enfant de Simone Del Savio, baryton italien aux graves moelleux. Son double dansé Bostjan Antoncic déploie des tourbillons en bourrasque.


Philippe Jordan dans la fosse ramène les jeux et détournements de la mise en chorégraphie de la production à leurs origines, à Mozart, à sa musique sublime dont le maestro maison ressuscite tous les mystères et l’absolue beauté.

Cosi fan tutte de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Lorenzo Da Ponte, orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Philippe Jordan, chef des chœurs Alessandro di Stefano, mise en scène et chorégraphie Anna Teresa de Keersmaeker, décors et lumières Jan Versweyveld, costumes An D’Huys. Avec Ida Falk-Winland/Cynthia Loemij, Stephanie Lauricella/Samantha van Wissen, Cyrille Dubois/Julien Monty, Edwin-Crossley Mercer/Michaël Pomero, Simone Del Savio/Bostjan Antoncic, Mária Celeng/Yulka Hashimoto

Palais Garnier, les 12,16,18,20,25,28,30 septembre, 3,5,10,14,17,21 octobre à 19h30, le 8 octobre à 14h30
08 92 89 90 90 - + 33 1 71 25 24 23 – www.operadeparis.fr
Photos Opéra National de Paris

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