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Critiques / Théâtre

Comment on freine ? de Violaine Scwartz

par Jean Chollet

Peut-on ralentir la consommation ?

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Seul au milieu de cartons nécessaires à l’emménagement de son nouvel appartement, un homme attend l’arrivée de sa compagne dont c’est le jour de son anniversaire. Ainsi débute la pièce de Violaine Schwartz, comédienne, chanteuse, auteure de romans, qui répond à une commande d’écriture de la metteuse en scène Irène Bonnaud. La femme est de retour après un séjour à l’hôpital et une convalescence à la campagne. Dans ses retrouvailles avec le milieu urbain, elle se sent agressée par les bruits, mouvements et comportements de la population de la ville, et manifeste son désarroi et ses angoisses dans un flot de paroles incontrôlées. A ses côtés, l’homme lui manifeste sa tendresse et son amour en lui faisant miroiter un avenir meilleur avec un nouveau départ pour leur couple. Tous deux s’affairent à déballer les cartons remplis d’une multitude de vêtements, dont l’origine va faire resurgir les traumatismes de la femme, liés à l’accident ayant conduit à son hospitalisation. Le 24 avril 2013 à Dacca (Bangladesh) le Rana Plazza, une usine de textiles incendiée, s’effondre faisant 1133 victimes, information qu’elle apprend au volant de sa voiture avec laquelle, sous l’emprise d’un choc émotionnel, elle percute un mur et entre dans le coma.

Au fur et à mesure que les robes, chemises, pantalons, pulls et tee-shirts usagés sortent de leurs emballages et s’amoncellent sur le sol, la tension monte dans le couple et éveille chez la femme un sentiment aigu de culpabilité vis à vis des ouvrières bengali de Dacca, ayant peut – être contribué à leur confection. Pour apaiser sa conscience et tenter de freiner sa consommation, elle écrit une lettre de protestation à un super –marché, lieu de certains de ses achats, dont on peut douter toutefois de l’efficacité dans le cadre de la mondialisation néo – libérale et de l’économie de marché entre l’offre et la demande. Un sujet au centre de la pièce, qui échappe au réalisme en s’ouvrant aux belles apparitions oniriques d’une danseuse de Bharata natyam (Théâtre dansé du sud de l’Inde) qui évoque les “ petites mains “ œuvrant en Asie et se fait leur porte paroles. La mise en scène efficace de Irène Bonnaud articule avec subtilité ce huis – clos, qui s’achève sur une image colorée émouvante en hommage aux victimes, et bénéficie de la justesse des interprétations de Valérie Blanchon (la femme), Jean – Baptiste Malarte (l’homme) et de la belle présence de Anusha Cherer (danseuse).

Le texte de la pièce est publié aux éditions P.O.L. comme les deux romans de Violaine Schwartz “La Tête en arrière ” et “ Le Vent dans la bouche ” ce dernier ayant fait l’objet d’une adaptation théâtrale. (Webtheatre mars 2015)

Photos © Elizabeth Carrecchio

Comment on freine ? de Violaine Schwartz, mise en scène Irène Bonnaud, avec Valérie Blanchon, Anusha Cherer, Jean – Baptiste Malarte . Scénographie et costumes Nathalie Prats, lumière Daniel Lévy, son Aline Loustalot, chorégraphie Jean – Marc Piquemal. Durée : 1 heure 50.

Théâtre de la Commune – Aubervilliers jusqu’au 17 janvier 2016. CDN Dijon Bourgogne du 26 au 29 janvier 2016.

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