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Comment Gossec et Mozart font chanter les morts

par Christian Wasselin

Dans le cadre du 27e Festival de Laon dans l’Aisne, François-Xavier Roth fait dialoguer avec chaleur les requiem de Gossec et de Mozart.

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François-Xavier Roth est un chef plein d’initiative. Et comme ses initiatives sont heureuses, on se réjouit d’assister à ses concerts, qui n’inspirent jamais l’ennui car ils ne sont jamais fondés sur la routine ou la facilité.

A Laon, dans la magnifique cathédrale aux quatre tours ciselées, riche de chapelles, d’une grille splendide et d’une acoustique tout à fait acceptable (ce qui est rare, on le sait, dans les lieux liturgiques), il a eu l’idée de juxtaposer deux messes des morts : celle de Gossec et celle de Mozart. Le Requiem de ce dernier n’était pas là pour attirer un public qui aurait été décontenancé par le relativement peu célèbre François Gossec (1734-1829), compositeur né dans l’actuel Hainaut belge, qui fut le contemporain de Haydn et de Beethoven ; il était parfaitement à sa place parce que Mozart connaissait Gossec et que son Requiem (laissé inachevé en 1791) rend hommage, parfois textuellement, à la Messe des morts de son aîné (composée en 1760, révisée puis imprimée en 1774).

A l’écoute, toutefois, les deux messes sont assez dissemblables : celle de Gossec est presque légère, parée de couleurs transparentes, encore animée par l’esprit de Rameau (La Pouplinière, qui fut le mécène de ce dernier, fut aussi celui de Gossec) ; les fanfares du « Tuba mirum », que François-Xavier Roth installe dans la tribune de l’orgue, auraient presque un côté pimpant, une allure de fanfares gluckiennes libérées des enfers, très éloignées du déferlement de celles de la Grande messe des morts de Berlioz (qui date de 1837), dont il faut rappeler qu’elle fut précédée par une Messe solennelle (1824). Celle de Mozart, plus dramatique, plus serrée, plus tumultueuse, est aussi une œuvre dont le destin fut interrompu par la mort du compositeur, et que François-Xavier Roth choisit d’interpréter dans la version de Richard Maunder (1989) plutôt que dans celle de Süssmayer, l’élève de Mozart, qu’on entend habituellement.

La langue : une couleur et une musique

Pour souligner parentés et différences, François-Xavier Roth soigne les détails : il installe les bois à l’avant-scène, devant les violons I et les violons II, lors de l’exécution de l’œuvre de Gossec ; puis les réintègre au cœur de l’orchestre pour Mozart. Et puis, il fait prononcer différemment le latin, suivant les usages de l’époque : « cujus  » est prononcé « cujus » chez Gossec mais « couyouss » chez Mozart. Inutile de préciser que l’orchestre Les Siècles brille de tous les feux de ses instruments historiques, et que le chœur de la Wiener Singakademie (dont Brahms fut le chef à partir de 1862) fait preuve d’une souplesse et d’une conviction remarquables, aussi à l’aise dans l’un et l’autre styles.

Côté soliste, on est heureux de retrouver Pascal Bourgeois, qui aborde idéalement, avec sa voix claire de ténor lyrique léger, le très beau « Rex tremendae » de Gossec. Jean-Marc Salzmann doit affronter seul les cuivres du « Tuba mirum » dans les deux partitions, mais il s’agit là d’un dialogue et non pas d’un corps à corps, et le baryton reste jusqu’à la fin d’une belle élégance. Les deux chanteurs se retrouvent dans le « Cedant » qui a tout d’une course-poursuite parfaitement huilée. Chantal Santon-Jeffery apporte pour sa part la lumière et une espèce de nostalgie de l’opéra, cependant qu’Anaïk Morel, avec sa belle voix aux couleurs sombres, met du velours dans ce quatuor fort bien composé.

On attend maintenant avec impatience, et c’est bien naturel, que François-Xavier Roth aborde la Grande messe des morts (également appelée Requiem) de Berlioz.

illustration : la cathédrale de Laon

Gossec : Messe des morts ; Mozart : Requiem. Chantal Santon-Jeffery, soprano ; Anaïk Morel, mezzo-soprano ; Pascal Bourgeois, ténor ; Jean-Marc Salzmann, baryton ; Wiener Singakademie, Les Siècles, dir. François-Xavier Roth. Dimanche 11 octobre 2015, cathédrale de Laon (le festival se poursuit jusqu’au 18 octobre, www.festival-laon.fr).

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