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Critiques / Théâtre

Comme une pierre qui roule... d’après Greil Marcus

par Gilles Costaz

Bob Dylan entre au répertoire

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Il y a des rockers à la Comédie-Française ! Et de bons rockers. Dans le cadre intime du Studio-Théâtre, Marie Rémond et Sébastien Poudéroux ont concocté une sorte d’hommage indirect à Bob Dylan, en s’inspirant du témoignage de l’Américain Greil Marcus sur la naissance de la chanson Like a Rolling Stone en 1965. On ne peut pas dire que le chef du protest song entre au répertoire du Français, mais, d’une certaine façon, il vient côtoyer les grands auteurs le temps d’un spectacle étonnant. Dans un studio d’enregistrement, Dylan et ses musiciens procèdent à un enregistrement. L’organiste travaille avec Dylan pour la première fois et panique ; ce qui ne l’empêche pas de vouloir aider le maître d’oeuvre à finir son texte ! Le pianiste suit le mouvement, mais, très susceptible, prend mal les plaisanteries. Le guitariste interprète pour les autres les commentaires laconiques de Bob et donne le ton. Le batteur n’est pas toujours certain d’être bien considéré. Le directeur artistique est hors du studio et maîtrise comme il peut ces moments de recherche un peu anarchiques. Bob Dylan,le visage masqué par ses lunettes noires, l’harmonica fixé devant les lèvres, chante, parle, fume et gratte sa guitare, plongé dans une concentration mystérieuse. Personne ne sait tout à fait où l’on va. Dylan lui-même ira s’absenter quelques minutes pour finir le texte de la chanson ! De temps à autre, les personnages sortent de la scène pour jouer d’autres rôles (la presse interviewant la vedette) ou se situer à d’autres moments du temps, avant cet enregistrement, ou après, contant divers détails, précisant à la fin que le disque obtint – péniblement, après avoir été oublié sur un bureau pendant des mois – un succès mondial.
Le tableau d’histoire est passionnant : c’est dans le désordre, sans trop de préméditation, que Dylan crée l’un de ses chefs-d’oeuvre. Le spectacle de Marie Rémond et Sébastien Poudéroux se déroule dans un admirable tempo : on y est, dans ce foutu studio A des Columbia Records ! Les musiciens sont en marcel ou chemise d’été, des bouteilles de bière dorment sur les pupitres, une jungle de fils électriques trace des cercles noir au sol et sur les machines. Tout avance, en vagues, comme la mer, comme la recherche en poésie ou en musique, en revenant en arrière et en repartant plus loin, sans que le work in progress soit toujours visible. Mais il est toujours sensible, car l’atmosphère est toujours palpable,toujours détectable derrière la rythmique, grâce à ces acteurs qui sont aussi de véritables musiciens. Sébastien Poudéroux est un Dylan secret, à la fois amical et énigmatique, possédé par la musique et l’oeuvre à créer, qui ne se place pas au centre de l’action, rayonnant depuis l’angle modeste où il se cantonne : c’est une belle composition. Stéphane Varupenne incarne le guitariste Mike Bloomfield en vrai rocker, musculeux, toujours à cent pour cent de l’engagement physique dans le duo avec la guitare. On n’avait jamais vu cet excellent acteur ainsi ! Christophe Montenez, Gabriel Tur et Hugues Duchêne ajoutent de justes et drôles états d’âme nuancés à l’interprétation de musiciens au travail. Ce spectacle, du point de vue du jeu, est la réussite de la nouvelle vague de comédiens du Français. Gilles David, dans le rôle du directeur artistique, apporte le talent, différent, des générations d’avant. Ça swingue, dans nos corps et dans nos têtes, car l’on est dans l’au-delà du film historique, face à l’art en train de se faire et d’aller vers la fusion la plus accomplie.

Comme une pierre qui... d’après Like a Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins de Greil Marcus (Galaade éditions), sur une idée originale de Marie Rémond, adaptation et mise en scène de Marie Rémond et Sébastien Poudéroux, avec Gilles David, Stéphane Varupenne, Sébastien Poudéroux, Christophe Montenez, Gabriel Tur et Hugues Duchêne.

Studio-Théâtre de la Comédie-Française, 18 h 30, tél. : 01 44 58 98 58, jusqu’au 25 octobre. (Durée : 1 h 10).

Photo Simon Gosselin, collection Comédie-Française

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