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Comme si j’étais à côté de vous de Diderot

par Gilles Costaz

Le philosophe amoureux

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Habituellement orienté vers les thèmes politiques (la colonisation, les conflits ethniques), Dominique Lurcel effectue un voyage vers le XVIIIe siècle, en mettant en scène un choix des lettres que Diderot envoya à son amante Sophie Volland. On y entend le philosophe amoureux mais Diderot est Diderot : il parle sans cesse politique et philosophie. Il s’attaque au clergé, charge la monarchie, démonte point par point les arguments de ses ennemis, fait feu des quatre fers pour faire triompher la raison. L’amour passe au second plan ! Le spectacle se déroule dans un salon : à droite, un écritoire ; à gauche un piano. Un excellente pianiste, Florence Pavie, intervient dans les interstices du monologue et reçoit même la visite de l’acteur qui, parfois, vient s’asseoir à ses côtés. Le comédien, Mathieu Desfemmes, lui, virevolte, et a l’agilité de ses pensées. Il parcourt la scène et interrompt sa marche pour s’adresser au buste de Sophie Volland, posé sur le piano.
Entrer dans la pensée de Diderot est toujours un bain stimulant pour l’esprit. C’est la force de ce spectacle qui, sans que cela soit souligner, a de grandes résonances avec aujourd’hui, surtout quand il s’agit de la religion et du débat démocratique. Le jeu de Mathieu Desfemmes tend à retrouver l’esprit critique du Neveu de Rameau et, au-delà, l’effronterie amusée des Arlequin et Figaro tels que les utilisaient les contemporains de Diderot, Marivaux et Beaumarchais. C’est sans doute dommage car il y a là un jeu tout à fait divertissant mais qui ne s’appuie pas assez sur l’identification au philosophe, dont le neveu Rameau est l’un de ses figures mais pas la seule. De la gravité, du retrait et du sentiment serait à amplifier pour que cette plaisante recréation du passé atteigne à une dimension plus intérieure.

Comme si j’étais à côté de vous, lettres à Sophie Volland de Diderot, mise en scène de Dominique Lurcel, scénographe d’Elodie Monet, costumes d’Angelina Herrero, lumières de Philippe Lacombe, avec Mathieu Desfemmes, Florence Pavie.

Le Petit Louvre, 13 h, tél. : 04 32 76 02 79, jusqu’au 27 juillet. (Durée : 1 h 20).

Photo DR

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