Accueil > Comédie pâtissière de et avec Alfredo Arias

Critiques / Théâtre

Comédie pâtissière de et avec Alfredo Arias

par Dominique Darzacq

Succulente, avec un léger goût d’amende amère

Partager l'article :

Depuis Mortadela , spectacle musical et onirique par lequel l’exilé scellait sa réconciliation avec ses racines argentines, Alfredo Arias ne cesse de tirer les fils qui le relient à Buenos Aires et à toute une culture populaire qui ensemença son imaginaire d’enfant et forgea son esthétique. De Mambo Mistico au mémorable Tatouage en passant par Fou des Folies , Cabaret et autres merveilles tisonnées de baroque et d’humour, Alfredo n’en finit pas de décliner son amour du cabaret, de la danse, de la chanson, du tango, sa fascination pour les stars qui ont bercé ses rêves de gamin.

Après celles de mélos en noir et blanc (Cinelandia), Comédie pâtissière prend pour tremplin de ses souvenirs, Doňa Petrona, vedette du petit écran qui animait une émission dans laquelle elle confectionnait en direct d’invraisemblables recettes qui étaient pour le jeune Arias « ce que les dessins animés étaient pour les autres enfants ». C’est qu’en véritable Marcel Duchamp des fourneaux, la célèbre cuisinière transformait ses plats et pâtisseries en d’improbables et surréelles compositions qui devenaient au gré de son inspiration, chapelle, ruche, livre de prière, montre, tambour, épis de maïs et furent d’efficaces fusées d’évasion pour l’enfant qui cherchait à échapper à l’étouffement du cadre familial. « Son livre de recettes était une plongée dans une Argentine utopique où elle transformait à coup de four la misère en luxe pâtissier. Une Argentine gâteau de noces où le couple de mariés était l’effigie de Perón et Evita ».

Une enfance péroniste et pétroniste

Aux côtés de Sandra Macedo qui mitonne aux petits oignons une cuisinière tout à la fois extravagante et maternelle, Alfredo Arias, la raie bien droite sur le côté, en culottes courtes et baskets, coryphée et acteur, évoque son enfance « péroniste et pétroniste » dans un espace scénique bleu et blanc, aux couleurs du drapeau argentin, constitué de voiles légers comme une crème chantilly, lequel, - avec de part et d’autre de la scène les tableaux des délirantes compositions de Doňa Petrona, sa vaste table couverte de drap blanc, sa méridienne et son sol parsemé de farine -, évoque tout à la fois la galerie d’art, le laboratoire, le studio de télévision et le salon du psychiatre. Univers tout en allusion autant qu’espace à jouer et à déjouer tout réalisme et mieux mettre à distance les douleurs d’une enfance aux prises avec l’indifférence d’un père toujours absent et une mère dépressive et tyrannique, si obstinée à couler son rejeton dans le moule de la normalité et à juguler ce qu’elle estimait des débordements imaginatifs qu’elle l’expédia à onze ans au lycée militaire.

Fidèle à sa manière de parler légèrement des choses graves, de la blonde Evita adulée à la sombre mère redoutée, entre histoire familiale et histoire politique, Alfredo Arias réanime ses fantômes en les plongeant dans la pâte d’une fantaisie goûteuse à souhait , toute pétrie de savoureux dialogues, de jeux d’ombres et d’ironie, une friandise discrètement nappée de tendre mélancolie, le tout superbement enrubanné d’intermèdes chantés par Andrea Ramirez , voix de braise et de miel, toute de sensualité chaloupée, témoin amusé et affectueux, moulée dans une somptueuse robe rouge histoire de nous rappeler que nous sommes au théâtre.

Si comme le laisse entendre Arias, sa mère a voulu éradiquer son imagination, c’est raté ! On ne s’en plaindra pas.

Comédie pâtissière texte et mise en scène Alfredo Arias avec Alfredo Arias, Sandra Macedo, Andrea Ramirez (1h20)
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 18 octobre
tel:01 43 28 36 36.

Photo ©Fred Goudon

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.