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Coffrets classique : notre sélection 2015

par Olivier Olgan

Une nouvelle mode : l’intégrale discographique d’un artiste en un coffret

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De Martha Argerich à Maxim Vengerov, de Ian Bostridge aux Menus plaisirs de Louis XIV sans oublier Glenn Gould Remastered (Sony) déjà chroniqué, notre sélection propose les coffrets les plus pertinents de l’année 2015 surfant sur la nouvelle mode des éditeurs discographiques : restituer les enregistrements complets d’un artiste sous un label dans un seul coffret (parfois monumental). L’objectif est double : retracer le parcours artistique d’un interprète à une époque déjà lointaine où le travail en studio construisait une carrière, et permettre aux mélomanes de découvrir de belles pépites enregistrées souvent indisponibles.

Glenn Gould remasterisé
50 ans après son enregistrement des Variations Goldberg de Bach qui lança sa carrière discographique à 22 ans - une ultime prise de ces mêmes Variations la clôtura en 1982 - une intégrale de ses enregistrements remasterisés rappelle l’intime et indissociable fusion de l’engagement artistique et de la diffusion discographique du pianiste canadien. Visionnaire, il avait compris l’importance du disque pour faire entendre Bach et les autres, au point de s’y consacrer totalement et de renoncer à jouer sur scène. (voir WT du 22 septembre 2015)

Martha Argerich - The complete recordings
Mi ange, mi fauve du clavier, le mythe Argerich s’est nourri de (trop) rares mais fulgurants récitals en soliste et d’un panache insolent (comme sa démission fracassante du Concours Chopin de Varsovie 1982 pour défendre le jeune Pogorelich que le jury déclassait). Désormais, elle ne veut plus être seule sur scène préférant couver en marâtre plusieurs de générations de musiciens dans son fief de Lugano.
De sa carrière solo, reste ce coffret -magnifique dans sa réalisation avec un livret délicatement rehaussé de dessins- qui réunit l’intégrale de ses 48 enregistrements chez Deutsche Grammophon et Philips, couvrant plus de cinquante ans de beaux et brulants services à la musique, de 1960 à 2014.
Pratiquement tous les compositeurs qu’elle aborde : de Chopin à Rachmaninov en passant par Debussy et Ravel, se métamorphosent comme si leur musique naissait sous ses doigts pour la première fois ! Mais au prix de quelle souffrance intérieure ! « J’aime jouer du piano mais je déteste être pianiste » : l’artiste argentine s’est toujours insurgée contre une profession qui a tourné le dos à l’imaginaire. Autant dire que ce coffret s’adresse un public qui cherche la poésie et le feu brulant sous l’ivoire.
48 cd Deutsche Grammophon Universal

Ian Bostridge - Autograph
Sa capacité à restituer toutes les nuances de l’âme humaine fait du ténor anglais Ian Bostridge l’un de ses plus fascinants interprètes contemporains de lieder : de Schubert à Wolf. Sa voix au timbre si particulier - à la limite de la rupture ou de l’ombre - atteint une émotion agissante dans la seule nuance d’articulation du mot. Cette magie du verbe se retrouve ce coffret Autograph dont il a choisi chaque plage couvrant son immense répertoire : du baroque (Monteverdi, Purcell, …) aux compositeurs modernes (Britten, Weill) et contemporains (Ades, Henze)
Refusant de se laisser emporter par les seules virtuosités du chant, il préfère ciseler la vérité des caractères, brosser la beauté des lignes mélodiques plutôt qu’être réduit à un souffle. Au fil d’aria signés Haendel, Mozart, Schumann, le ténor est capable de transformer une plainte en prière, un abandon en conquête. Il réinvente le style de chaque compositeur en nous rappelant qu’un ténor loin des stéréotypes du rossignol décérébré peut aussi par son intelligence du texte s’imposer comme dramaturge… et clairvoyant médiateur. Pour preuve son livre Schubert’s Journey : Anatomy of an Obsession paru en 2015 (ed. Deckle Edge) où il plaide sa passion pour le compositeur du Winterreise qu’il enregistre inlassablement.
(7 cd Warner Classics )

Pierre Boulez - 20th Century
Le chef français s’est inlassablement battu pour les compositeurs de son siècle auxquels il croyait. S’il existe beaucoup de coffrets de ses enregistrements comme chef (notamment The complete Erato recording, 14 cd Warner), celui-ci de Deutsche Grammophon constitue une anthologie à la fois combattante, visionnaire … et personnelle : d’Harrison Birtwistle à Edgar Varèse, en passant par György Ligeti, Olivier Messiaen, Arnold Schoenberg , Igor Stravinsky, Karol Szymanowski, Anton Webern sans oublier Claude Debussy et Maurice Ravel et bien sûr… Boulez. Autant d’exemples d’une sélection engagée qui souligne la cohérence d’une éthique musicale que Daniel Barenboïm résume ainsi : " montrer que la musique de notre temps peut et doit être abordée avec la même transparence, la même précision et la même liberté que le répertoire traditionnel ".
Le travail sur les questions de forme et d’esthétique qu’insuffle le chef ne s’éloigne jamais des intérêts du compositeur. Avec le même engagement : dévoiler la radicalité de la musique qui peut se cacher aussi bien sous la grande élégance (Ravel-Debussy) ou derrière une grande violence (Bartok - Stravinsky). Et d’en révéler ou dompter l’inouï, dans tous les sens du terme ! Il s’agit aussi de pourfendre ce que le fondateur de l’IRCAM appelle "l’incuriosité" de ses contemporains - y pour les grands intellectuels qu’il appréciait Barthes, Derrida, Deleuze pour la musique de leur siècle. "Je n’en fais ni un programme, ni un manifeste, se défend-t-il à Jean Vermeil dans La Conversation sur la direction d’orchestre (édition Plume 1990). Simplement je la joue comme j’aime l’entendre, comme j’estime devoir l’entendre. Je veux éprouver la satisfaction de faire coïncider ma vision intérieure de la partition avec ce je voulais réaliser " Révéler un patrimoine musical pour nous ouvrir les oreilles. Et nous sauver - malgré nous- de notre surdité.
(44 cd Deutsche Grammophon Universal)


Lorin Maazel – The Cleveland years complete recording 1972-1982
Grand dompteur d’orchestres, Lorin Maazel incarnait dans les années 80 le prototype jusqu’à l’excès du jet chef médiatique et omniprésent aux quatre coins du monde. Son goût pour les concerts télévisés, son désir d’attirer un large public à la musique en enregistrant les bandes sons de films opéras (Don Giovanni vu par Losey, Carmen par Rosi et Otello de Zeffirelli) ont contribué à rendre populaire. Décédé en juillet 2014 à 84 ans, ce technicien hors pair reste le garant de la grande tradition romantique apprise au contact des plus grands. Et quels maîtres ! A 11 ans, Toscanini l’invite diriger à New York. A 19, Victor de Sabata l’encourage, puis il est nommé chef associé auprès d’ Otto Klemperer.
Ce coffret de ses (plus belles) années à la tête de l’Orchestre de Cleveland qu’il dirigea de 1972 à 1982 constitue la quintessence de son art pénétrant et polyvalent. Parmi ses pépites, paradoxalement c’est le répertoire russe et français qui frappe l’oreille au milieu des grands classiques américains (Gerswhin) et italiens (Respighi) : sa verve russe (Sheherazade de Rimski, le poème de l’extase de Scriabine) , la subtilité des pages françaises : du Requiem de Berlioz à l’intégrale du ballet Daphnis et Chloé de Ravel, en passant par Bizet (L’Arlésienne, suites 1 et 2 et Jeux d’enfant) et Debussy (La mer, Nocturnes) constituent d’émouvantes réussites.
(19 cd Decca Universal)


Itzhak Perlmanon complete recordings (Deutsche Grammophon & Warner)
Avec plus de 400 titres à son actif, aucun violoniste moderne n’a autant enregistré que ce virtuose boulimique et tendre. Deux coffrets respectivement chez Warner (77 cd) et chez DG (25 cd) rendent justice à son immense patrimoine discographique. D’autant que les deux fonds -EMI pour Warner et Decca pour DG- se complètent pertinemment pour constituer une indispensable et passionnante anthologie de l’écriture violonistique : l’essentiel des concertos du répertoire jusqu’à l’exubérance des ragtimes de Scott Joplin chez Warner, les merveilleuses rencontres chambristes chez DG dont notamment les intégrales des sonates pour violon et piano de Mozart avec Daniel Barenboïm et de Beethoven avec Vladimir Ashkenazy. "Lorsque vous jouez avec un ami : tout est plus agréable. rappelle Perlman. C’est là une relation qui passe non seulement sur la scène mais aussi hors de scène ».
Le parcours d’Itzhak Perlman résulte d’une lutte exemplaire contre la maladie (la poliomyélite le frappa à quatre ans) et de ce que Vladimir Jankélévitch nommait la « virtuosité poétique, capable de rendre audible pour l’oreille de l’âme et visible pour un regard intérieur » Impossible de résister à la fougue, à la sensualité charnue de son stradivarius. Il y a là une vérité, une simplicité, une évidence qui s’impose. "La virtuosité quant elle reste la sœur du génie mélodique, ajoute Jankélévitch dans son "Eloge de la virtuosité" (Plon) s’adresse aux cotés enfantins de notre nature, mais elle réveille, elle ébranle par là même les puissances d’émerveillements endormies en nous ". Ce passeur d’émotions perçoit -et vous entraîne - dans les tissus intimes de l’œuvre et de ses aboutissements.
(25 cd Deutsche Grammophon, 77 cd Warner Classics)


Maxim Vengerov - Complete recordings 1991- 2007
Dans les géants du violon, après le père, le fils. « Je ne suis qu’un lien, un pont, qui relie le compositeur au public à travers mon instrument » D’un quart de siècle dédié à son instrument, avant de basculer vers la direction d’orchestre, ce coffret de 19 cd (+ un dvd) édité pour les 40 ans du violoniste Maxim Vengerov réunit tous ses enregistrements effectués au sommet de son art en 15 ans à peine. Ici fulgurance rime avec constance. Toujours projetée, sa générosité s’entend, et se partage à chaque disque, à chaque rencontre avec les plus grands chefs. L’interprète n’est pas seulement un immense virtuose, c’est d’abord un conteur dans les plus grands concertos : de Beethoven à Tchaïkovski (avec Abbado), de Britten à Chostakovitch (avec Rostropovitch, son père artistique).
Avec une épaisseur - entre jouissance et finesse - qui lui donne l’aura indéfinissable des monstres sacrés : « Le bon son se forge dans un juste rapport à la gravité. » L’enfant prodige, adoubé à 10 ans n’a pas oublié l’essence de son art et sait en parler avec lucidité. : « La musique doit dégager une énergie positive. Elle peut être très dramatique, suggérer toutes sortes d’émotions, mais une certaine énergie doit se retrouver dans l’œuvre elle-même. L’atmosphère est le dernier aspect important : le talent du compositeur permet de la sentir et rend l’œuvre unique. » Le virtuose joue comme il respire, ou inversement, on ne sait pas trop. Mais peu importe, son violon est si aérien.
(19 cd Warner Classics)

Les menus plaisirs de Louis XIV
A chaque étape de l’emploi du temps minuté de Louis XIV et de sa cour, la musique jouait un rôle de premier plan. Ce coffret a pour ambition de revivre ses ‘plaisirs’ au rythme de l’“ordinaire” (public et réglé sur le quotidien du roi et de sa famille), du “particulier” (privé et indépendant du cérémonial monarchique) et de l’“extraordinaire” (réservé aux événements dynastiques ou politiques). « Versailles est unique par sa musique autant que par son histoire et son architecture : le Château a, de tout temps, suscité et laissé résonner un répertoire qui dépasse par sa qualité et sa variété celui de n’importe quel autre château en Europe. écrit le claveciniste et musicologue Olivier Beaumont dans son livre de référence, La musique à Versailles, Actes Sud (Octobre 2007).
Animé par plusieurs générations de musiciens amoureux – et spécialistes – du Grand Siècle (de Christie à Daucé), chacun des 10 cd illustre la symbiose permanente entre des lieux (la Chapelle royale, l’Opéra, les appartements, le parc, Trianon…) et leurs musiques grâce à la virtuosité de plusieurs générations de compositeurs (Campra, Charpentier, Couperin, Delalande, Philidor, Lully, Marais, …). Alors que Versailles célèbre le tricentenaire de la mort du Roi Soleil, la musique qu’il aimait tant ainsi restituée contribue à faire revivre la mise en scène spectaculaire et le rayonnement parfaitement maitrisée d’une royauté éclairée.
(10 cd Harmonia Mundi)

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