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Clément Poirée : Oui, je suis un enfant de la Tempête

par Dominique Darzacq

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C’est avec La vie est un songe de Calderón qu’il met en scène que Clément Poirée ouvre le 15 septembre sa première saison de directeur du Théâtre de la Tempête.
Nommé officiellement le premier janvier dernier, il succédait à Philippe Adrien qui en fut l’âme et le directeur attentif et chaleureux pendant plus de trente ans (1984-2017). Une succession à laquelle l’itinéraire atypique du nouveau directeur - « à l’ancienne comme il aime à le dire » -, donne des allures sinon d’héritage du moins de passage de relais, de transmission par filiation. « Que je sois un enfant de la Tempête est indéniable, puisque c’est là que je suis né au Théâtre, que j’ai effectué l’essentiel de mon itinéraire d’homme de théâtre. C’est-à-dire que j’ai été formé par Philippe Adrien, que j’ai appris et grandi à ses côtés » explique Clément Poirée pour qui tout a commencé à l’orée du siècle par un stage autour du Roi Lear , ce qui lui permit, dit-il, « de découvrir tout à la fois Shakespeare, Philippe Adrien et le Théâtre de la Tempête ». Un Théâtre dont il perçoit vite les singularités, comment ses actions se tissent d’amitiés et de convivialité et qu’il ne quittera plus. Engagé l’année suivante comme assistant à la mise en scène par Philippe Adrien, c’est aussi au théâtre de la Tempête qu’en 2004 il franchira le pas de la mise en scène avec Kroum l’ectoplasme de Hanokh Levin.

Le Théâtre comme art de l’instant

Devenu metteur en scène à part entière, il fonde la compagnie Hypermobile avec laquelle il crée de nombreux spectacles programmés au Théâtre de la Tempête, parmi ceux-ci notamment et particulièrement remarqués La Nuit des Rois de Shakespeare et Vie et Mort de H. de Levin. En dépit de ses nouvelles activités artistiques, Clément Poirée n’en poursuit pas moins sa collaboration auprès de Philippe Adrien , « pour, dit-il , continuer à partager les moments et les méthodes de travail de Philippe et parce que j’admire sa capacité à se saisir de ce qui advient lorsqu’on met des mots et des corps sur une scène et à l’appréhender avec un esprit d’enfance ».
C’est qu’entre le maître et l’élève tout fut assez vite affaire d’identité de vue et partage d’humeur et d’humour. « Nous nous sommes retrouvés sur beaucoup de choses. Comme lui, je fais mienne l’idée d’un théâtre conçu comme un art de l’instant et fondé sur l’écoute de l’acteur, comme je fais mienne la manière qu’a Philippe Adrien d’aborder les œuvres par le biais du merveilleux quel que soit le sujet, de prendre ses distances avec le réel, de ne pas clore l’objet artistique mais de l’ouvrir à l’imaginaire du spectateur ».

Une saison pensée comme une divagation

S’il se défend d’être l’héritier de Philippe Adrien, - « Philippe est tellement peu paternaliste et tellement libertaire qu’on ne peut utiliser ce terme » -, le directeur qu’est devenu Clément Poirée n’entend pas pour autant brader l’héritage, mais faire en sorte et à sa manière que le Théâtre de la Tempête reste « un théâtre buissonnier ouvert à tous les vents et qui s’illustre par la diversité de ses curiosités. J’ai en effet un peu de mal à penser les choses à partir de cadres prédéterminés et dans lesquels on ne peut pas bouger. J’avoue être reticent avec l’objectif de saison thématique. Pour moi, une saison doit se penser comme une divagation, se bâtir comme un voyage dont toutes les étapes sollicitent la curiosité des spectateurs ».
Le voyage de cette nouvelle saison organisé à deux, « Philippe a engagé des projets puis m’a laissé aller au bout de ce qui se dessinait », s’effectuera en pas moins de onze étapes proposées dans un paysage varié brossé de teintes classiques (Corneille, Synje, Maeterlinck) et contemporaines (Koltès, Nancy Huston, Falk Richter) , s’y rencontreront quelques jeunes pousses parmi celles-ci Géraldine Martineau (La mort de Tintagile), François Brauer ( La loi des Prodiges), comme ces anciens compagnons de route du Théâtre de la Tempête que sont Ahmed Madani (F(l)ammes) et Jean-Claude Fall ( (Ivresse(s)), « je trouve important que cette saison de transition soit ponctuée de deux grandes amitiés artistiques » remarque Clément Poirée qui, pour sa part, ouvrira cette nouvelle saison avec un des chefs d’œuvre du Siècle d’or espagnol « La vie est un songe » de Calderón ,((15 sept-22 oct) « une pièce aussi merveilleuse que monstrueuse qui échappe en grande partie aux règles de l’écriture dramatique » .

A trop vouloir éviter les monstres on les fabrique

Derrière l’histoire et les tribulations douloureuses et violentes de Sigismond, prince enfermé dans une tour dès sa naissance par Basile, son père Roi de Pologne, à qui l’horoscope a prédit qu’il serait chassé de son trône par son fils et qui se croyant sage fait le malheur de son fils et forge sa perte en se laissant gouverner par les astres, Calderón ouvre de nombreuses pistes de méditation. « C’est une fable qui a beaucoup de résonance avec le temps que nous vivons, dans lequel à force, comme Basile, de vouloir nous préserver des monstres nous ne cessons d’en fabriquer, à vouloir se prémunir de la violence du monde, on crée l’enfermement et la suspicion. En cela la pièce est très politique, mais c’est aussi un conte métaphysique et initiatique sur la filiation et les pères défaillants qui nous interroge sur le renoncement à nos désirs, comment dépasser nos pulsions pour devenir un homme civilisé. C’est une œuvre fascinante qui garde tout son mystère, un monde dans lequel la frontière y est complètement abolie entre le rêve et la réalité à tel point que l’éducation du héros se fait pas le doute » explique Clément Poirée pour qui il s’agit de mettre en scène trois rêves, « trois hallucinations aux confins du fantastique » et pour cela imaginer une théâtralité en apesanteur, forgée « d’apparitions, de variations de focales, de métamorphoses, de bruit et de fureur » de manière à nous immerger dans la fantasmagorie et qu’à l’instar de Sigismond nous ne sachions plus ce qui est rêve et ce qui est réalité. Ce sera du 15 septembre au 22 octobre

Photo Antonia Bozzi

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