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Claude Rich

par Gilles Costaz

La mort d’un éternel jeune homme

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Avec la mort de Claude Rich, âgé de 88 ans, le 20 juillet, disparaît un monument du théâtre et du cinéma français. Il était l’incarnation de l’esprit de notre pays, comme Marivaux ou Dufy : le charme, la drôlerie, l’espièglerie, la fantaisie surtout. Le couple Claude et Catherine Rich était aussi une image parfaite de ce que nous aimons : la grâce associée à la capacité de rire et d’être insolent. Conter la carrière de Claude Rich est une entreprise qui n’entre pas dans le cadre d’un article. Parmi les étapes importantes de cet acteur qui sortit du Conservatoire en même temps que les Marielle et les Rochefort, il y eut la prise en main du rôle de Victor ou les enfants au pouvoir en 1962 ; la pièce de Vitrac était oubliée. Jean Anouilh, comme metteur en scène (associé à Roland Piétri), eut l’idée de la ressusciter. Rich fut éblouissant dans le rôle de cet enfant de neuf ans qui dit ses vérités à toute une société bourgeoise avant de mourir dans la soirée. Autre étape : celle de ses propres pièces, et surtout d’Un habit pour l’hiver qu’il écrivit et joua en 1974 avec Claude Piéplu et Georges Wilson. C’était un échange musclé entre trois vieillards ; la pièce fit un triomphe. Rich ensuite n’eut plus le même succès d’auteur et, après l’échec retentissant d’ Une chambre en Dordogne, cessa d’écrire avant de passer à l’adaptation d’un grand roman (Braises de Sandor Marai). Créateur brillant des pièces de Françoise Sagan et du théâtre anglais qui passionna Paris pendant les années 70 (Pinter, Peter Luke – l’auteur d’Hadrien VII qui fut l’un de ses autres grands succès), il change de registre peu à peu, passant de la séduction narquoise à l’élégance trouble. C’est ainsi qu’il est, en 1989, un magistral Talleyrand face à Claude Brasseur incarnant Fouché dans la pièce de Jean-Claude Brisville, Le Souper. L’âge venant, il se retrouve ainsi chargé de grands rôles historiques, à la scène comme au cinéma et à la télévision. Il est Althusser dans la pièce d’Antoine Brault, Le Caïman (2005), et Mazarin dans Le Diable rouge du même auteur (2008). On le voit encore en scène dans L’Intrus de Rault en 2011. Ensuite, il est donné sur le point de jouer La Tempête de Shakespeare et une pièce de Véronique Olmi. Mais il refuse finalement ces rôles. La maladie le diminue et aura raison de lui. On peut penser qu’il est resté gai jusqu’au bout, tant il était heureux en famille (on pense à son épouse Catherine et à sa fille Delphine), tant il détestait l’esprit de sérieux, se moquant volontiers des metteurs en scène caporalistes avec qui il avait eu affaire autrefois.
En 2009, il nous disait pour Paris-Match : « Le plaisir de jouer, c’est le plaisir de s’amuser, d’être quelqu’un d’autre, de partager la scène avec ses partenaires. Je suis un angoissé dans la vie. Dès que je joue, l’angoisse s’en va. Quand j’étais jeune, je me définissais comme un optimiste profondément angoissé. Je n’ai pas changé. Il ne faut pas croire que le plaisir est lié à la nature de la pièce. C’est aussi plaisant de jouer des drames affreux que des comédies débridées. Sur scène, je respire comme lorsque je suis au bord de la mer. Des médecins m’ont dit que j’inspirais bien mais que je n’expirais pas assez, que mon angoisse pouvait venir de là. En scène, tout d’un coup, je respire, je fonctionne. Au cinéma aussi, mais de façon moins forte. J’étais très mince à mes débuts. A force de jouer, j’ai développé un torse de chanteur ! Je suis un peu cabot, c’est sûr. J’aime avoir un public. Quand il y a un texte et un public, il n’y a rien de plus extraordinaire que de prendre à sa charge le rôle et l’espace. Dès qu’on n’est plus dirigé, on est le maître ! Lorsque je jouais Adrien VII dans la très grande salle du théâtre de Paris, je sentais que, devant un public tendu, je pouvais prendre des temps comme on en prend en musique. Parfois, je tentais l’expérience de prolonger un silence jusqu’au moment limite où il devient trop long, « bruyant ». Je reprenais et le silence suivant était encore plus fort. Le jeu, c’est ça ! »
Avec son éternelle jeunesse, sa sveltesse, sa voix perchée sur le timbre de l’adolescence, il ne ressemblait à personne.

Photo BestImage : Claude Rich à Vivement dimanche en 2011.

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