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Critiques / Rue & Cirque

Cirkopolis par le cirque Eloize

par Gilles Costaz

La gravitation fraternelle

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Venu des îles de la Madeleine au Québec, le cirque Eloize est venu inaugurer le beau Treizième Art que la société de production Juste pour rire a créé place d’Italie, au cœur d’un centre commercial et à l’emplacement d’un cinéma disparu. L’équipe semble avoir subi l’influence du music-hall new-yorkais et de la comédie musicale américaine : les costumes ont la classe d’un Broadway élégant, avec des artistes hommes en costume gris et des femmes en pudiques maillots violet et rouge. Mais il n’y a pas lieu de s’en plaindre. La perfection nord-américaine est au rendez-vous tandis que l’inspiration est plutôt européenne : les décors virtuels – de longs travellings dans un monde imaginaire et gris – s’inspirent du film de Fritz Lang, Métropolis, des Temps modernes de Chaplin (avec les roues dentées de machines qui tournent interminablement) et peut-être aussi de l’univers graphique de Folon et de la procession de ses personnages chapeautés. Un peu d’aujourd’hui arrive en cours de soirée, à travers les images de nos gratte-ciel d’une arrogante beauté.
Devant nous se met en place, bouge et se métamorphose un monde agité où tout pourrait être inquiétant, si la clownerie n’entrait en jeu et si l’inquiétude ne s’inversait en joie de triompher de la peur et du vertige. Le clown principal, Ashley Carr, est chaplinesque et sait s’imposer au milieu de la troupe et quand le plateau, se vidant de toute image, n’appartient qu’à lui. Ses partenaires sont virtuoses aux acrobaties, au jonglage, au trapèze et ont tous cette vertu plutôt rare de notre côté de l’Atlantique : la décontraction. Ils défient les lois de la pesanteur sans théâtraliser ni triompher. Tout est chorégraphié, et les acrobates danseuses, tournant dans les airs et retombant sur les bras fermes des grands garçons, ont des airs de déesses sans vanité mais dotées de cette supériorité qu’est l’éclat de la couleur. La femme a le privilège d’être ensoleillée à l’intérieur de ces tableaux nocturnes !
Eloize échappe à cette évolution du cirque où les personnalités deviennent invisibles dans le brouillage des lumières et des disciplines. Ici, les artistes nous sont proches et nous emportent dans leur invention de la gravitation fraternelle.

Cirkopolis par le cirque Eloize, mise en scène de Jeannot Painchaud et Dave St-Pierre. Avec :
Colin André-Hériaud Main à main, jonglerie, roue allemande, banquine et planche sautoir
Selene Ballesteros-Minguer Julius Bitterling
Jonathan Julien Alexie Maheu
Corde lisse, trapèze, jonglerie Main à main et plankine
Passing, porteur, banquine
Contortion, Mât chinois, banquine
Pauline Baud-Guillard Planche sautoir
Ashley Carr Clown, planche sautoir
Aaron DeWitt Main à main, jonglerie, roue allemande, banquine et planche sautoir
Rosita Hendry Roue Cyr et trapèze
Frédéric Lemieux-Cormier Jonglerie, roue allemande, plus cubique, banquine et planche sautoir
César Mispelon Main à main et plankine
Arata Urawa Diabolo
Jérémy Vitupier Clown, jonglerie, roue allemande, banquine
Antonin Wicky Clown, mât chinois, jonglerie, roue allemande, banquine et planche sautoir

Treizième Art, tél. : 01 53 89 08 30, jusqu’au 29 octobre.

Photo Patrick Lazic.

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