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Critiques / Opéra & Classique

Chimène ou le Cid d’Antonio Sacchini

par Caroline Alexander

Chimène as-tu du cœur ?

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Un compositeur oublié, un chef d‘œuvre à découvrir. L’Arcal, compagnie itinérante de théâtre lyrique et musical, en association avec le Centre de Musique Baroque de Versailles, s’aventure sur les sentiers des découvertes. Ou plutôt des redécouverte comme cette mise en opéra du Cid de Corneille par Antonio Sacchini (1730-1786), compositeur qui en son temps – le cœur du XVIIIème siècle – comptait parmi les musiciens les plus célébrés et les plus connus dans toute l’Europe.

Il est de nos jours pratiquement tombé dans les vapeurs de l’oubli, et, à l’exception du C.M.B.V qui a déjà ressuscité l’un de ses opéras – Renaud –plus personne ne se replonge dans ses partitions. A entendre celle de cette Chimène, c’est difficile à comprendre.


Appelé à la cour de France par Marie-Antoinette pour succéder à Gluck et rallumer son flambeau anti-Piccinni, l’italien Sacchini y adopta les normes des tragédies lyriques françaises. Il avait déjà abordé le thème du Cid quand il se trouvait à Londres, mais en italien (Il gran Cid), lui amputant les deux premiers actes. Son Cid, devenu Chimène ou le Cid, commence après la mort du comte, père de Chimène. A Paris, il en confia le livret à Nicolas François Guillard qui le remania en alexandrins et autres rimes et qui n’hésita pas à conserver en citations quelques vers de son emblématique prédécesseur – « va je ne te hais point, tu le dois, je ne peux … » etc…-. L’œuvre fut créée en 1783, elle devint l’opéra préféré de la Reine et connut un beau succès en 57 représentations.

Celle, re-créée par l’Arcal à Saint Quentin les Yvelines le 13 janvier 2017, constitue probablement sa 58ème réalisation scénique et musicale. Un bonheur à l’écoute, un plaisir pour les yeux.

A partir de la partition soigneusement reconstituée, on découvre une musique très théâtrale, de nombreux récitatifs, des ariosos, quelques da capo qui ne se contentent pas d’illustrer une histoire, ils la racontent. On navigue à l’oreille entre des atmosphères déjà mozartiennes et des tempi précipités en grâce et humour qui annoncent Rossini. Sandrine Anglade, sensible metteur en scène qui avait monté scène le Cid de Corneille, a si bien ressenti l’enjeu de cette musique qu’elle a pris la décision d’installer l’orchestre sur la scène, de lui conférer un rôle de personnage à part entière. En inventant en quelque sorte la version de concert théâtralisée.

Les musiciens de l’ensemble Le Concert de la Loge sont répartis en deux groupes, l’un placé à cour, l’autre à jardin, Julien Chauvin leur chef les dirige au centre, tantôt de face, tantôt de dos. Ils lui obéissent en vivacité et fluidité, assis ou debout prenant part entière au déroulement de l’histoire.

Les lumières raffinées de Caty Olive se substituent aux décors traditionnels et sculptent le plateau nu, s’attardant çà et là sur les musiciens, créant des espaces fantômes et surtout encadrant chaque personnage dans ses déplacements physiques et mentaux. En costumes sobres aux détails symboliques comme cette armure nue posée au sol – unique accessoire - ils s’investissent en comédiens dans leurs personnages.

Le baryton Mathieu Lécroart prête ses graves d’airain au noble Don Diègue tandis qu’Enrique Sanchez Ramos, autre baryton fait du Roi de Castille, un souverain plutôt en retrait. Jérôme Boutillier, troisième homme de la même tessiture, en Héraut messager, donne une belle énergie au récit de la bataille dont Corneille avait doté son héros « nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort… ».

Ancien pensionnaire de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris le jeune ténor Artavazd Sargsyan est un Cid sincère, oscillant comme il se doit entre orgueil et amour d’une voix aux couleurs pastel mais au volume encore étroit. Toujours aussi blonde et fragile, la gracieuse Agnieszka Slawinska, ex interne des strasbourgeoises Jeunes Voix du Rhin, révélée notamment dans Da Liebesverbot de Wagner (voir webthea 5139 du 11 mai 2016) offre à Chimène sa silhouette d’adolescente et les lumières miroitantes de son timbre de soprano. La voix est claire, la diction feutrée par un accent au goût slave laisse les vers du livret presque toujours compréhensibles.

A l’exception d’Enrique Sanchez Ramos à l’articulation brouillonne, tous ses partenaires soignent d’ailleurs parfaitement leur diction. Texte et musique sont ici associés en bel équipage. Et les chœurs du CMBV, en soldats disciplinés, s’y associent avec fougue et précision.

L’ensemble signe un spectacle innovant, tant sur le plan musical que sur sa conception scénique, sa mise en scène, ses lumières et ses interprètes.



Chimène ou le Cid d’Antonio Sacchini de Nicolas François Guillard d’après le Cid de Corneille, création de l’Arcal, orchestre Le Concert de la Loge, direction Julien Chauvin, chœurs Les Chantres du CMBV, direction Olivier Schneebeli, mise en scène Sandrine Anglade, scénographie Mathias Baudry, lumières Caty Olive, costumes Cindy Lombardi. Avec Agnieszka Slawinska, Artavazd Sargsyan, Enrique Sanchez Ramos, Mathieu Lécroart, Jérôme Boutillier.

Re-création au Théâtre de Saint Quentin les Yvelines, les 13 & 14 janvier 2017.
En tournée :
le 14 mars à l’Opéra de Massy,
les 25 & 27 mars au Théâtre Roger Barat de Herblay
www.arcal-lyrique.fr

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