Accueil > Chère Elena

Critiques / Théâtre

Chère Elena

par Gilles Costaz

Moscou, 1981

Partager l'article :

Quels charmants étudiants ! Quatre jeunes chercheurs russes viennent un soir frapper à la porte de leur professeur pour lui souhaiter son anniversaire. L’adresse de leur prof de fac est secrète, mais ils l’ont trouvée et ont traversé Moscou. Elena, l’enseignante n’en revient pas mais ces visiteurs paraissent affectueux. Ils portent des fleurs et même des verres en cristal. Elena est surprise, un peu choquée par ce non-respect des conventions. Mais elle est touchée par ces attentions et n’y voit pas malice. Pas tout de suite. Car les arrière-pensées des étudiants se font jour rapidement : ils veulent récupérer les copies de leur dernier examen pour les remplacer par des copies corrigées et méritant une bonne note ! Elena a la clef du coffre. Qu’elle la donne ! Elena résiste mais elle a en face d’elle de gentils jeunes gens devenus des sauvages. La bataille commence, contre elle, puis entre les étudiants eux-mêmes...
La pièce est de 1981. De façon très lucide, Ludmilla Razoumovskaïa perçoit le changement de la société russe, et surtout celui de la jeunesse. Fini le socialisme exemplaire, fini surtout le triomphe mensonger d’une morale collective. L’individualisme a depuis longtemps fait craquer le socialisme de surface, les nouvelles générations veulent les avantages dont disposent les jeunes des pays occidentaux. Beaucoup n’ont plus aucun scrupule pour parvenir à leurs fins. Ce texte a été révélé en France par une mise en scène très maitrisée, distanciée même, de Didier Bezace, puis porté à l’cran par la Française Charlotte Silvera sous le titre L’Escalade. Didier Long, lui, lance le texte comme il est, brutal à travers ses personnages, nerveux dans ses situations, audacieux par son propos, vieillot par sa forme assez dialectique – c’est du théâtre sartrien adapté à la Russie de la fin du XXe siècle.La mise en scène suit bien l’éclatement du groupe et des pensées. La proximité de la scène, au théâtre de Poche, permet d’être au spectateur quasiment dans l’action et d’être dans la fièvre même de jeunes acteurs, comme Jeanne Ruff, Gauthier Battoue et Julien Crampon. François Debock est particulièrement saisissant dans le rôle du meneur du groupe. Myriam Boyer est l’interprète idéale pour le rôle de l’enseignante. De la douceur à la blessure elle traduit admirablement une évolution à la fois intime et sociale, qui se produit dans la brièveté d’une nuit. Reste que la pièce, surprenante au moment de la découverte, a perdu de son impact en raison de rebondissements trop téléguidés.

Chère Elena de Lumdilla Razoumovskaïa, traduction de Joëlle et Marc Blondel, mise en scène de Didier Long, scénographie de Jean-Michel Adam et Didier Long, musique de François Peyrony, avec Myriam Boyer, Gauthier Battoue, Julien Crampon, François Deblock, Jeanne Ruff.

Poche-Montparnasse, 21 h, tél. : 01 45 44 50 21.

Photo Pascal Gely.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.