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Critiques / Théâtre

Chansons sans gêne

par Gilles Costaz

Yvette Guilbert par Nathalie Joly, troisième épisode

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Pour avoir une idée d’Yvette Guilbert, on peut se contenter d’une chanson merveilleuse, Madame Arthur. Mais Nathalie Joly, qui réhabilite l’œuvre et la personnalité de cette grande figure de l’avant et après 1900, n’entendait pas en rester à une idée ! Elle est allée chercher dans l’épaisseur de l’oubli et a rapporté des choses passionnantes, dont elle a fait des tours de chant, des disques et de savants livrets. Elle a été la première, et même l’unique, à publier la correspondance entre Yvette Guilbert et Freud qui adorait la vedette du beuglant. Avec Chansons sans gêne, nous en sommes au troisième récital. Les textes et les airs en sont moins connus. Nathalie Joly a mis la main sur des chants vraiment effacés de nos mémoires, comme celui, étonnant, où le Moulin Rouge lui-même se met à parler et dit : « Je mouds pour un monde meilleur ». Car Yvette Guilbert était une généreuse qui se battait contre les inégalités et surtout le honteux déclassement des femmes. Ses thèmes principaux sont l’amour polisson, mais aussi la prostitution telle qu’elle est vraiment, l’échec de l’amour, la solitude, l’alcoolisme, la vieillesse, plus l’espoir qu’incarne l’enfance. Ainsi s’écoute, dans un tableau du monde de plus en plus profond, La Buveuse d’absinthe, Toujours enceinte, Sur la scène, Le Manque de mémoire, Ils sont mignons
Cette fois, la mise en scène a été confiée à Simon Abkarian qui a accentué le côté dru et sensuel, demandé peut-être trop de gestes à Nathalie Joly mais a conçu un spectacle amplement théâtral, très vivant, où de discrètes projections sur le rideau en fond de scène prolongent une action partagée entre la chanteuse et le pianiste. L’accompagnateur, en effet, l’excellent Jean-Pierre Gesbert, qui s’est donné une tête de fêtard coiffée par un chapeau melon et allongée par une barbiche grisonnante, balance des répliques et, un instant, joue même Freud donnant son point de vue à Yvette. En robe noire zébrée de violet, Nathalie Joly tournoie dans la scène du music-hall qui est aussi celle de l’histoire des femmes. Elle chante avec et sans micro, de sa voix qui est ad libitum tendresse, langueur, plainte, ironie et amour. Le timbre est velouté, avec ce qu’il faut de gravité et d’âpreté cachées dans l’ascension lyrique. Il y a chez elle une force terrienne, une façon musclée d’exister qui font fuir les clichés de la chanson réaliste et de celle qu’on dit leste. Avec Nathalie Jolly, les années 1890-1940 vous collent à l’oreille et cognent coeur et estomac.

Chansons sans gêne, chansons d’Yvette Guilbert, texte et interprétation de Nathalie Joly, mise en scène de Simon Abkarian, avec Jean-Pierre Gesbert au piano, collaboration artistique de Pierre Ziadé, conseils artistiques de Jacques Verzier, lumières d’Armand Sauer, costumes de Louise Watts.

A la Vieille Grille, 01 47 0722 11, Du 11 au 27 mars, samedi 18h, dimanche 17h, lundi 20h30 (Durée : 1 h 15).
CD aux éditions Frémeaux et Associés.

Photo Arnold Jerocki.

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