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Critiques / Théâtre

Célimène et la Cardinal de Jacques Rampal

par Gilles Costaz

Le Misanthrope, vingt ans après

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Ce fut un succès colossal dans les années 90. Un auteur, Jacques Rampal, avait écrit une suite au Misanthrope et les nouveaux épisodes de la vie d’Alceste et de Célimène, composés en alexandrins trois cents ans plus tard, prolongeaient la pièce avec brio et impertinence. Ce triomphe fut joué alors par Ludmila Mikaël et Gérard Desarthe, puis Didier Sandre. Le théâtre Michel, qui est surtout dédié à la jeune création, a su reprendre quelques textes d’auteurs aînés, comme Les Palmes de M. Schutz de Jean-Noël Fenwick. Avec la pièce de Rampal, la recréation se passe de façon moins convaincante. Pourtant, le thème n’a rien perdu de son ironie. Rampal imagine qu’Alceste ne s’est pas retiré dans le désert comme il l’annonçait mais est devenu un prélat sentencieux, intégriste et intolérant. Le voilà qui, dans la flamboyance rouge de sa soutane de cardinal, vient rendre visite à son ancienne passion, qui a vingt ans de plus, s’est mariée et a quatre enfants. L’amour pourrait-il renaître entre cet homme asséché par la sévérité dogmatique et cette femme qui s’est offert amants et mari avec un bel appétit ? C’est la malice de la pièce, et les observations taquines prêtées à Célimène, qui font crépiter ce pastiche, beau manifeste pour la liberté de la femme.
Le spectacle tel que nous l’avons vu (un soir où le malaise d’un spectateur a entraîné une longue interruption et obligé les acteurs à une reprise difficile) semble souffrir d’une certaine raideur, comme si la pièce elle-même ne trouvait sa souplesse que lorsqu’elle va au-delà de l’opposition entre deux caractères. Il faut dire qu’il est bien odieux, cet Alceste vêtu de pourpre, tant que son cœur ne s’adoucit pas. Pierre Azema le joue avec classe, dans une dureté aux vertus comiques. Gaëlle Billault-Danno crée de son côté une Célimène vive, complexe, double, une femme qui, au premier plan, tient son rang de femme du beau monde, et, au second, sait envoyer son bonnet par-dessus les moulins. La mise en scène de Pascal Faber joue avec efficacité le huis clos feutré, le côté faussement endormi de la pompe bourgeoise du XVIIe siècle. Mais il y a quelque chose de trop élégant, d’un peu muséal que les interprètes ne parviennent à dépasser que dans un deuxième temps.

Célimène et le Cardinal mise en scène de Pascal Faber, costumes de Nathalie Vignon, lumières de Sébastien Lanoue, avec Gaëlle Billault-Danno et Pierre Azema.

Théâtre Michel, 21 h, tél. : 01 42 65 35 02, jusqu’à la fin novembre. (Durée : 1 h 30).

Photo DR.

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