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Critiques / Comédie & Humour

Camille Chamoux, l’esprit de contradiction

par Gilles Costaz

L’art du désaccord délicat

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Après le succès de Née sous Giscard, Camille Chamoux n’avait pas droit à l’erreur. Elle réussit son retour avec un show d’une tonalité bien différente de la fureur en usage dans la plupart des seuls en scène. Mais Camille Chamoux, c’est l’esprit frappeur qui frappe dans la douceur. On lui donnerait le bon dieu sans confession quand elle apparaît sur scène, un dossier à la main, avec l’air d’une amie qui vient vous rejoindre en sortant du bureau. A qui donnerait-on le bon dieu sans confession, dans le monde du show-biz, sinon à elle ? Mais, si vous êtes un couple de spectateurs qui arrive en retard, quelques minutes après l’heure annoncée du spectacle, vous ne tarderez pas à être pris dans les pinces coupantes de son amabilité. Elle s’adresse à vous : c’est madame qui a pris du temps pour se maquiller, c’est vous, monsieur, qui n’avez pas su précipiter le mouvement, vous vous rendez compte des conséquences de votre retard ? Et ainsi de suite (on cite de mémoire, mal, évidemment), jusqu’à ce que les deux retardataires puissent enfin s’asseoir en paix.
Ensuite, les cibles de cette Parisienne qui observe surtout la capitale et ses habitants sont essentiellement des phénomènes d’époque : les journées trop courtes dans le rythme d’à présent (Camille se sent plus débordée que François Hollande), les agents immobiliers au lyrisme dénué de vérité, les bobos qui défendent les migrants à condition de ne pas les avoir dans leur quartier, la sagesse façon tibétaine, les cafés et les fromageries qui se haussent du col et du design, le monde médical et protecteur qui entoure la femme avant et après la maternité (l’artiste sait de quoi elle parle), Paris après les attentats… Elle est peut-être un peu injuste avec les cafés arabes où il n’y aurait aucune présence féminine. Il y a des centaines de troquets tenus par des Maghrébins où les femmes ne sont exclues en rien. Attention : sujet dangereux, il faut sans doute traiter le sexisme autrement.
L’Esprit de contradiction, comme l’affirme son titre, contredit les habitudes de pensée d’une manière narquoise et sinueuse. C’est toujours sur le ton de la conversation amicale, avec un coefficient de vacherie mesuré mais toujours réel. Le couteau est planté dans le dos de façon à blesser sans faire couler le sang. C’est ce qu’on aime chez Camille Chamoux : ses propos rosses qui prennent des airs innocents, sa présence câline et narquoise à la fois, la méchanceté si feutrée qu’on la prend pour de l’amitié, l’art du désaccord délicat. La mise en scène de Camille Cottin sait faire disparaître le style heurté des sketches et utilise peu les transformations physiques du personnage – juste un peu, avec changement des lumières, quand Camille fait du yoga. Tout est dans la continuité d’une personnalité diserte et tout circule selon une malice calme, dans une belle souplesse du corps et des idées. C’est le charme discret de la bourgeoisie qui ne veut pas être taxée de bobo sans s’être préalablement et finement moquée d’elle-même.

L’Esprit de contradiction de Camille Chamoux, mise en scène de Camille Cottin, lumières de Nicolas Lamartine, costumes de Pauline Berland, assistanat de Samantha Markowic.

Petit Saint-Martin, horaires compliqués ! (Mardi 21h., mercredi au samedi 19h ou 21h en alternance, samedi à 17h en alternance), tél. 01 44 83 09 07. Jusqu’au 30 mars.

Photo Bernard Richebé.

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