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Critiques / Opéra & Classique

COSI FAN TUTTE de Wolfgang Amadeus Mozart

par Caroline Alexander

Tourisme et amours croisées...

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Les grands hôtels et les pannes d’électricité ont ces jours-ci le vent en poupe dans les mises en scène d’opéra : au Théâtre des Champs Elysées La Clémence de Titus de Mozart se déroulait dans le décor d’un palace étoilé (voir WT 4419) tandis qu’à l’Opéra Comique, La Chauve-Souris de Strauss se faisait bricoler une panne à ressort comique pour annoncer l’entracte (voir WT 4430). Les deux idées ne sont pas neuves.

Dès 1997, à l’Opéra de Flandres d’Anvers –– quand la maison flamande était dirigée par Marc Clémeur, l’actuel directeur du l’Opéra National du Rhin - le metteur en scène belge Guy Joosten transportait les quiproquos amoureux de Cosi fan tutte dans le hall d’entrée d’un hôtel napolitain d’où l’on apercevait l’ombre du Vésuve… C’était alors une vraie première dans l’approche du chef d’œuvre que Mozart composa sur un livret de Lorenzo Da Ponte, en conclusion de leur trilogie aujourd’hui mythique comptant déjà Don Giovanni et Les Noces de Figaro.

Depuis les transpositions dans les lieux et espaces les plus divers ont envahi les scènes jusqu’à en déborder parfois dans les excès ou provocation à coups de massue. Si bien qu’aujourd’hui ce Cosi douillet derrière sa baie vitrée en croisillons qui fut jouée un peu partout en Europe (après Anvers et Gand, Leipzig, Helsinki, Genève, Marseille…) paraît carrément familier. Même en le découvrant on a l’impression de l’avoir déjà vu.

Cosi fan tutt e ou cosi fan tutt i ? Toutes volages prédit Alfonso le cynique. Tous cavaleurs et prêts à tous les compromis pourrait-on lui rétorquer. Pour piéger leurs fiancées Fiordiligi et Dorabella, Ferrando et Guglielmo vont simuler un départ à l’armée, et resurgir le jour même déguisés en soldats d’une autre nation (à l’origine ils étaient soit disant albanais). L’un fera la cour à la promise de l’autre, simulera le coup de foudre et la tentation du suicide. Les jeunes femmes se laisseront attendrir. La pulsion des corps, les jeux du désir auront coulé dans leurs veines.

Quand Alfonso et Despina, la servante, sa complice, lèveront le voile du simulacre, tout devrait rentrer dans l’ordre moyennant quelques excuses, mais plus rien ne sera comme avant. Tout le génie de Mozart et da Ponte est dans ce questionnement universel, le premier par la sensualité joueuse de sa musique, l’autre par son texte dramatiquement huilé. Un chef d’œuvre absolu. Peut-être le plus abouti de tous.

Des rapports amoureux banalisés

Guy Joosten, dans ce décor touristique banalise les rapports. Un hall ceinturé de face par une baie vitrée en croisillons, une porte-tourniquet. A l’extérieur, accrochés à la verticale, les néons bleus des lettres HOT-L. Le « E » est passé aux abonnés absents. Il reviendra sous l’effet surprise d’une panne d’électricité qui inverse les donnes. Côté cour, la console de la réception-bar. A jardin le grand escalier au tapis rouge mène aux chambres et met l’imagination en roue libre… Dans ce lieu destiné au plaisir, des amours passagères peuvent arriver à tout le monde. Des couples en voyages de noces y débarquent dans leurs apparats. Dans cette ambiance et ces costumes griffés XXème siècle, subsiste le problème du déguisement. Sans barbes postiche, perruques ou costumes exotiques, comment la confusion est-elle possible ? Difficile de croire que les deux jeunes femmes n’aient pas reconnu les jeunes mâles qui leur jouent la comédie de l’amour coup de foudre… On peut imaginer aussi que leurs ressemblances ajoutent au trouble… et le rend encore plus ambigu… Le propre des chefs d’œuvre réside aussi il est vrai dans la multiplicité de leurs possibles interprétations.

Des gags, panne d’électricité, coups de téléphone et coups de poings assaisonnent le déroulement de la comédie. Jolie idée au démarrage du deuxième acte. Le décor est inversé comme les sentiments. Ce qui était à cour, s’est installé à jardin. Comme les amours volatiles, ou les destins contrariés ?

Un distribution honnête

Les reprises de bons labels, on le sait, si elles attirent un public nombreux, sont moins tentantes pour les artistes en vogue. La distribution anversoise est honnête, homogène mais sans éclat particulier. La basse italienne Umberto Chiummo compose un Don Alfonso bourgeois, encore juvénile, au timbre rond et au cynisme moqueur. Autre italien du plateau, le baryton Riccardo Novaro campe un Guglielmo chaleureux, un rien bravache face au jeune ténor français Sébastien Droy/ Ferrando tout en charmes et blessures. Dorabella la sensuelle trouve dans la mezzo-soprano russe Maria Kataeva un écho félin et Cristina Pasaroiu assume vaillamment les vocalises des grandes arias de Fiordiligi sans toutefois provoquer les étincelles attendues. Despina, devenue hôtesse d’accueil, est une coquette coquine qui se transforme sans états d’âme, en médecin ou notaire. Aylin Sezer, soprano néerlandaise d’origine turque, lui prête sa silhouette aguicheuse, son timbre clair et son humeur blagueuse.
La direction d’orchestre est confiée en alternance à Umberto Benedetti Michelangeli et Jan Schweiger, également chef de chœur. Il dirigeait la représentation à laquelle nous avons assisté. Avec précision et sérieux, attentif à ne pas couvrir les voix, mais en rupture lui aussi de couleurs. Mozart a saupoudré de paillettes les nostalgies de sa musique. Elles manquent ici d’éclats.

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