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Critiques / Théâtre

Bouvard et Pécuchet d’après Gustave Flaubert

par Corinne Denailles

deux petits nouveaux dans la famille Deschiens

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Avec Bouvard et Pécuchet (1881) Flaubert projetait d’écrire l’encyclopédie de la bêtise humaine, une sorte de pamphlet contre la vanité contemporaine et l’ignorance généralisée, contre toute majorité silencieuse et grégaire. Son Dictionnaire des idées reçues publié en fin d’ouvrage en fit le succès. A la lecture de ce roman inachevé, Jérôme Deschamps a dû se trouver en terrain connu. Sa mise en scène est fidèle au début du roman. Deux promeneurs se rencontrent sur un banc, découvrent qu’ils sont tous deux copistes (« Ils copient au hasard tous les manuscrits et papiers imprimés qu’ils trouvent, cornets de tabac, vieux journaux, lettres perdues, affiches, etc. croyant que la chose est importante à conserver. Souvent deux textes de la même classe qu’ils ont copiés séparément se contrarient, ils les recopient l’un au bout de l’autre sur le même registre. » Flaubert était lui-même un documentariste obsessionnel) ; ils ont la même habitude d’écrire leur nom à l’intérieur de leur chapeau, partagent les mêmes récriminations contre la ville et ses embarras, rêvent tous deux de campagne et décident de s’y installer grâce à un petit héritage reçu par Bouvard. A la campagne, ils se livrent à quantité d’expériences plus loufoques les unes que les autres, sans réflexion ni analyse et leurs échanges sont un festival de préjugés et de lieux communs.

Finalement Deschamps lâche Flaubert pour intégrer les deux bonshommes à la compagnie des Deschiens. Il est probable que Flaubert n’en aurait pas été fâché tant le traitement reste fidèle à l’esprit du roman, s’il ne l’est à la lettre.
Le metteur en scène retient les situations comiques fertiles en gags visuels, blagues à deux sous, bruitages, sabir, borborygmes et ambiances sonores variées. Au centre une palissade percée d’ouvertures et dotée de sièges et table escamotables. Devant, le banc de la rencontre. Micha Lescot (Bouvard) et Jérôme Deschamps (Pécuchet) forment un duo burlesque irrésistible. Le costume noir et le chapeau melon, le banc, qui pourrait être un arbre, la situation, sonnent d’abord comme un clin d’œil à Godot. Le couple comique se doit d’être contrasté. Micha Lescot, plus grand et mince que jamais, dégingandé, ploie son grand corps comme un roseau élancé et mélancolique auprès de son comparse petit et rond. Leurs silhouettes rappellent certaines gravures du XIXe siècle. En contrepoint un couple de paysans ; lui (Lucas Hérault), s’exprime en marmonnant en sourdine, elle (Pauline Tricot) a le débit tumultueux et une voix nasillarde digne de la Zézette du Père Noël est une ordure. Il la rudoie volontiers, elle lui donne du « mon amour » en toutes circonstances. Le machisme ordinaire.
C’est essentiellement le travail d’acteur qui fait la qualité du spectacle, en particulier l’expressivité des corps, le sens du rythme. Revisitée par Jérôme Deschamps, la féroce critique flaubertienne se teinte de bienveillance ; les quatre gus qui s’agitent en vain dégagent une vraie humanité.

Bouvard et Pécuchet d’après Gustave Flaubert, adaptation et mise en scène Jérôme Deschamps ; scénographie, Félix deschamps ; costumes, Macha Makaïef ; lumières, Bertrand Couderc. Avec Jérôme Deschamps, Lucas Hérault, Micha Lescot, Pauline Tricot. A l’espace Cardin (Théâtre de la ville) jusqu’au 10 octobre puis du 22 juin au 11 juillet 2018, à 20h30. Durée : 1h30. Résa : 01 42 74 22 77
www.theatredelaville-paris.com

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