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Critiques / Théâtre

Bettencourt boulevard de Michel Vinaver

par Gilles Costaz

La grande bourgeoisie à l’oeuvre

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Depuis sa création en novembre au TNP de Villeurbanne, la pièce de Michel Vinaver sur l’affaire Bettencourt s’est-elle démodée avec l’arrivée de nouveaux éléments dans l’actualité ? Non, bien sûr. Le texte de Vinaver n’est pas une œuvre de journaliste, bien que les articles de journaux soient l’un des matériaux utilisés par l’auteur. C’est un tableau d’un certain clan de la société française. D’ailleurs, le sous-titre de Bettencourt boulevard est Une histoire de France : la fresque commence aux années de l’occupation, où les parents des protagonistes naviguent entre nationalisme et collaboration, et se développe dans les années Sarkozy. Le faits sont connus : la fortune de Liliane Bettencourt, acquise avec les laboratoires l’Oréal, fascine quelques personnages en mal de subsides : Sarkozy espère trouver auprès de la milliardaire des aides rondelettes pour sa campagne, l’écrivain François-Marie Banier est devenu un ami de Liliane qui lui verse régulièrement de très grosses sommes, le personnel subit les pressions de tout ce monde indélicat. Le majordome enregistre les conversations de sa maîtresse, la femme de chambre, la sœur écrivain et la comptable sont prises dans une tourmente qui les salit, parfois injustement. Le monde politique tournoie autour de tant d’argent, avec non seulement Sarkozy, mais Patrice de Maistre et Eric Woerth dont l’épouse gère le patrimoine de la riche héritière… Notre grande bourgeoisie – du moins celle dont les Bettencourt ont donné le pathétique reflet - est saisie là dans sa vie puissante et égoïste.
L’ambition de Vinaver, dont on sait qu’il se garde bien de laisser voir un parti pris dans ses textes secrètement politiques, est de tracer les lignes qui relient des images connues et dévoilent ainsi la face cachée de ce que tout le monde croit savoir. On n’ignore pas la collision qui se fait entre le monde politique, le monde des affaires et les appétits privés, mais c’est bien de les voir à l’œuvre dans une pièce qui a cette ampleur, cette imagination vraie et cette drôlerie (car Vinaver s’est rarement autant amusé, en nous amusant parfois follement). Pour le metteur en scène, il fallait trouver le mouvement, l’assemblage dynamique des scènes. Christian Schiaretti en a trouvé la clé en répartissant plusieurs zones dans l’espace et en inventant une circulation très rythmée parmi un mobilier géométrique et sous un ciel parfois traversé de panneaux colorés. A jouer des personnages réels les acteurs trouvent un plaisir rare à l’intérieur d’un spectacle très réussi : Francine Bergé est une Liliane Bettencourt de grande classe et malignement hagarde (avec son chien !), Jérôme Deschamps compose un Patrice de Maistre à l’ambition gourmande et hilarante, Christine Gagnieux crée une Françoise Bettencourt-Meyers (la sœur !) subtilement décalée dans cette galerie de fauves, Didier Flamand donne de François-Marie Banier une image athlétique et crapuleuse. Philippe Dusigne (en André Bettencourt), Gaston Richard (en Sarko), Elizabeth Macocco (la comptable) sont, avec leurs partenaires, étonnamment évidents. Le théâtre, ici, projette un grand rai de lumière, joyeux et critique, sur notre monde.

Bettencourt boulevard ou Une histoire de France de Michel Vinaver, mise en scène Christian Schiaretti, lumière de Julia Grand, scénographie et costumes de Christian Schiaretti et Thibaut Welchlin, costumes de Thibaut Welchlin, création musicale de Quentin Sirjacq, coiffures et maquillage Romain Marietti, avec Francine Bergé, Stéphane Bernard, Clément Carabédian, Jérôme Deschamps, Philippe Dusigne, Didier Flamand, Christine Gagnieux, Damien Gouy, Clémence Longy, Elizabeth Macocco, Clément Morinière, Nathalie Ortega, Gaston Richard, Juliette Rizoud, Julien Tiphaine, avec la participation de Bruno Abraham-Kremer et Michel Aumont (voix enregistrées) et de Dimitri Mager et Pierre Pietri, danseurs.

Théâtre national de la Colline, tél. : 01 44 62 52 52, jusqu’au 14 février. Texte aux éditions de l’Arche. (Durée : 2 h).

Photo TNP.

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