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Critiques / Théâtre

Bestioles de théâtre de Pascale Bordet

par Gilles Costaz

L’acteur et son double animal

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La discrète Pascale Bordet pourrait postuler au titre de femme de l’année. Elle vient de publier trois livres en quelques semaines : un livre CD du Carnaval des animaux d’Eric-Emmanuel Schmitt d’après Saint-Saëns dont elle a fait les illustrations (Albin Michel), un lire de dialogues avec Michel Bouquet et la photographe Laurencine Lot, Habiller l’acteur (Actes Sud), et un gros album dont elle a fait les planches et la chanteuse Juliette les textes, Bestioles de théâtre. On s’intéressera particulièrement à ce dernier ouvrage, car c’est la face cachée devenue éclatante de Pascale Bordet. Cette femme des coulisses est avant tout créatrice de costumes, très demandée, couronnée par les Molières. On la suit sans cesse d’un théâtre à l’autre, du La Bruyère au Rive Gauche, par exemple, dessinant, cousant, inventant, retouchant. Mais sa passion pour le théâtre s’exprime aussi par le genre du portrait-charge qui faisait fureur au XIXe siècle et qu’elle remet au goût du jour, avec plus de folie, dans une effervescence post-surréaliste, dans ce gros livre d’estampes surprenantes.
Pascale Bordet ne cherche pas exactement la ressemblance physique. Elle va au-delà en créant un double animal de chaque personnalité qu’elle croque et de chaque profession (le technicien, le souffleur…) dont elle trace la typologie. Elle semble jouer au jeu « Si c’était un animal, quel serait-il ? » et compose un zoo théâtral, tout en confiant le fil conducteur à un narrateur qui est une rate et en rendant hommage à son mammifère préféré, le chat. C’est ainsi que Jean-Claude Dreyfus devient un cochon, Jean-Pierre Marielle un ours, Francis Huster un loup, Cristiana Reali une chatte, Michel Aumont un éléphat et un critique théâtral un crocodile ! Ce qui est étonnant, c’est la liberté de l’artiste, se dégageant de son modèle une fois que l’idée est trouvée et affirmée. Les traits s’envolent dans le pur plaisir des lignes qui se mêlent et se démêlent dans un écheveau graphique, les couleurs ont sur le dessin la puissance qu’a le maquillage sur le visage. Ce n’est plus le livre d’une costumière mais d’un peintre, à côté de qui Juliette a écrit des textes malins, d’une belle causticité. Voilà un nouvel âge du portrait-charge et du bestiaire.

Bestioles de théâtre, un livre-album de Pascale Bordet et Juliette. Editions HC, 160 pages (plus de 150 aquarelles), 29,90 euros.

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