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Critiques / Théâtre

Bella Figura de Yasmina Reza

par Dominique Darzacq

Contretemps et catastrophe des sentiments

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Boudée par le Théâtre public depuis le succès de sa pièce Art (1994) interprétée par Pierre Vaneck, Pierre Arditi et Fabrice Luchini, Yasmina Reza est jouée sur les plus grandes scènes d’Europe, du Royal Shakespeare Theatre de Londres au Théâtre Royal de Stockholm , en passant par le Burgtheater de Vienne et par la Schaubühne de Berlin d’où nous vient aujourd’hui Bella Figura . Pièce écrite à la demande du metteur en scène Thomas Ostermeier et servie par un quintette de comédiens virtuoses et étincelants fusibles d’une partition nerveuse écrite sur la gamme du contretemps et de la catastrophe des sentiments.

Andréa, Boris, Françoise, Eric, Yvonne, autant de personnages qui de toute évidence appartiennent à la galaxie Heureux les heureux , roman choral et manière de comédie humaine dans laquelle Yasmina Reza passe au laser la difficulté de vivre ensemble, la complexité des rapports humains, la faillite du couple. Pessimiste gaie ou plutôt joyeusement lucide, ce qui l’intéresse, qu’il s’agisse du couple, de l’amour, de l’amitié, ce n’est pas la médaille mais son revers, là où ça se fissure, là où ça craque.

Et justement ce soir-là, dans la voiture stationnée sur le parking du restaurant où ils doivent dîner, ça craque entre Andréa, mère célibataire et son amant Boris, entrepreneur au bord du dépôt de bilan, qui eut la très mauvaise idée de mentionner que ce restaurant lui avait été conseillé par sa femme. Tout se complique quand, au moment de partir, faisant une brusque marche arrière, il renverse Yvonne venue fêter son anniversaire avec son fils Éric et sa compagne Françoise qui se trouve être l’amie d’enfance de Patricia, la femme de Boris. Invités à rester boire un verre, le stress de Boris, les provocations d’Andréa, assaisonnés des déraillements d’Yvonne, de l’exaspération de Françoise, du pétage de plombs d’Éric font de la soirée de fête un véritable cataclysme.

Thomas Ostermeier installe la soirée sur un plateau tournant, astucieuse métaphore d’un petit monde qui tourne en rond (Jan Pappelbaum), la baigne d’un clair-obscur (lumières Marie-Christine Soma) qui évoque l’angoissant pinceau d’Edward Hopper et en ponctue les différents moments de vidéos où, de parades amoureuses en assauts furieux, s’agitent des sauterelles comme autant d’effets miroir.

“ Mon écriture fait une confiance totale à l’acteur ” explique Yasmina Reza ancienne comédienne elle-même. Ceux de la Schaubühne font leur miel de ses dialogues à fleuret moucheté, de ses silences plombés, à commencer par Nina Hoss saisissante de vérité en amante blessée dans son âme et son orgueil, qui, entre deux provocations, se dévoile mère aimante et attentive, comme est à saluer Lore Stefanek irrésistible Yvonne perdant un peu la boule et son sac, mais aussi Stéphanie Eidt (Françoise), Mark Waschke (Boris), Renato Schuch ( Éric) ,car tous, entre rire et larmes, nous rendent perceptibles les subtiles variations d’une pièce cruelle qui se déguise en vaudeville pour nous dire deux ou trois choses de nos égoïsmes et de nos stéréotypes, pointe sans ménagement les méfaits du temps et le naufrage des cœurs.

Bella Figura de Yasmina Reza. Mise en scène Thomas Ostermeier, avec Nina Hoss, Mark Waschke, Stéphanie Eidt, Renato Schuch, Lore Stefanek durée 1h45
En allemand surtitré

Les Gémeaux à Sceaux jusqu’au 29 novembre

Photos Arno Declair

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