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Critiques / Théâtre

Barbe bleue de Gérald Aubert d’après Amélie Nothomb

par Gilles Costaz

L’ogre et la poupée

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Et si l’effrayant Barbe Bleue était un homme d’aujourd’hui et état possédé par la passion des femmes et le démon de la photographie ? Et si celle qui arrive dans sa vie à la huitième position - celle où l’on découvre que les sept femmes précédentes ont disparu – est une étudiante qui cherche une chambre et s’installe dans le domicile de l’ogre avec pour tout bagage l’apparente naïveté d’une poupée belle et inexpérimentée ? Amélie Nothomb a réécrit ainsi le mythe, sans trop prendre l’histoire au sérieux. Barbe Bleue s’appelle désormais Elemirio et la jeune femme Saturnine. Le premier fait la cuisine tel un grand chef et la seconde la déguste, en faisant croire qu’elle pourrait bien tomber dans les bras de son hôte. La locataire n’a reçu qu’une interdiction : elle n’a pas le droit d’entrer dans la chambre noire où le maître des lieux tire ses clichés et aurait affiché les photos de ses six femmes mortes. L’ingénue joue une partie difficile mais Elemerio aime tant la chair fraîche qu’il peut commettre une erreur…
Comparé aux contes de notre enfance, le texte affirme sa légèreté. Il amuse plus qu’il n’effraie. C’est dans cet esprit que Gérald Aubert – l’excellent auteur de Chambre 107 et Sentiments provisoires – l’a adapté, en graduant les événements et en transformant le bras de fer en un marivaudage mensonger. Aucun doute : l’auteur et l’adaptateur sont du côté des femmes. Pierre Santini n’endosse pas moins le rôle du séducteur meurtrier et, comme il assure la mise en scène, se plaît à composer un méchant d’opérette qui est aussi un barbon attendri. Il lui communique une douceur et un capital de sympathie relatifs mais réels, derrière l’aspect féroce et ridicule de cette terreur des chambres à coucher. Charlotte Adrien révèle beaucoup de malice, de fantaisie et de sfumato dans le rôle de la locataire. Xavier de Guillebon campe joliment un domestique ambigu et joue du saxo. Ils composent tous un divertissement peu sanguinaire et gaiment féministe.

Barbe Bleue, d’après Amélie Nothomb, adaptation de Gérald Aubert, mise en scène de Pierre Santini, décor de Claude Piet, costumes de Catherine Gorne, lumières de Stéphane Baquet, musique de Thierry Boulanger, avec Pierre Santini, Charlotte Adrien, Xavier de Guillebon.

Théâtre des Carmes, 18 h, tél. : 04 90 82 20 47.

Photo DR.

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