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Critiques / Théâtre

Babacar ou l’Antilope de Sidney Ali Mehelleb

par Gilles Costaz

Un réfugié sur une terre hostile

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Saviez-vous que l’antilope est un animal qui ne s’attache pas à un territoire, alors que tant d’autres êtres vivants sont tournés vers leur port d’attache ? Les migrants ne sont-ils pas des antilopes malgré eux ? C’est l’une des idées symboliques et plastiques qui a guidé Sidney Ali Melleb lorsqu’il a écrit Babacar. Son personnage principal, Babacar, est un Africain perdu dans Paris, en quête de papiers impossibles à obtenir. Sa rencontre avec Gina est foudroyante. Ce couple mixte est fait pour s’aimer, ils s’aiment. Mais la machine policière est plus forte que l’amour. L’antilope devrait être obligée de partir ; elle n’aime pas son territoire, mais elle aimait un être humain.
Le courageux théâtre 13/Seine a fait le pari de confier sa grande salle à un jeune auteur-metteur en scène, Sidney Ali Mehelleb. C’est incontestablement un écrivain, à la langue riche et prolixe, et un homme de théâtre qui a le sens du plateau, de la vie et de l’image tels qu’on peut les libérer sur le plateau. Mais il cherche à faire une épopée, un spectacle ample et plusieurs tons autour d’une histoire simple : l’amour d’un couple face à la férocité d’une administration aveugle. Il crée quelques scènes avec ce qu’il appelle des bouffons : tous les acteurs se rassemblent brusquement, groupent leurs chaises et se mettent à jouer de bourgeois ridicules et caquetant de leurs voix aigres de propos d’égoïstes. C’est trop appuyé. Le metteur se met alors à préférer ses effets à son œuvre. Parmi les interprètes, Mexaniu Medenou (Babacar) et Vanessa Krycève (Gina) jouent fort bien le jeu de l’émotion en rebond et en suspens. Mais le spectacle s’étire à trop vouloir en faire et en dire. Sidney Ali Mehelleb, dont c’est la troisième mise en scène, contrôle mal l’abondance de son inspiration mais s’affirme comme un auteur aux grandes possibilités.

Babacar ou l’Antilope, Course folle de l’Afrique vers l’Europe, texte et mise en scène de Sidney Ali Mehelleb, création Les Manœuvres et la compagnie Narcisse, assistante à la mise en scène : Margot Simonney, lumières de Christine Mame, scénographie de Camille Duchemin, costumes d’Angélique Calfati, son et musique de Grégoire Durrande, avec Nicolas Buchoux, Marie Elisabeth Cornet, Vanessa Krycève, Mexianu Medenou, Eric Nesci, Marielle de Rocca Serra, Fatima Soualhia Manet, Victor Veyron.

Théâtre 13/Seine, tél. : 01 45 88 62 22, jusqu’au 5 février. (Durée : 2 h 10).

Photo Margot Simmoney.


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