Accueil > Baal de Bertolt Brecht

Critiques / Théâtre

Baal de Bertolt Brecht

par Jean Chollet

Un poète écorché vif

Partager l'article :

Lorsqu’il écrit cette première pièce en 1918, le jeune Bertolt a 20 ans et ses références littéraires côtoient notamment Verlaine, Rimbaud ou Villon, dont les influences apparaissent dans cette comédie à laquelle il apporta au fil du temps plusieurs métamorphoses jusqu’en 1955, en fonction des évolutions de sa pensée dialectique. Jeune poète lyrique, rebelle au système et aux compromissions, le portrait de Baal se dessine à travers son errance existentielle, ponctuée de ses rencontres et de leurs interactions avec un éditeur - négociant et sa femme, un ami – amant musicien, un jeune homme Johannes, des femmes, des charretiers ou bûcherons, qui croisent entre autres son quotidien. Fornicateur invétéré en quête d’amour improbable, grand amateur de vin et de schnaps producteurs d’ivresse, sensible à la nature sauvage et aux couleurs du ciel propices à ses rêves, son caractère asocial répond en miroir à la société bourgeoise qui l’entoure et qu’il fustige, avant de devenir meurtrier et de périr dans les flammes. Peu de temps avant sa mort (1956) Brecht révèlera : “ L’idée fondamentale de la pièce m’est aujourd’hui presque étrangère, mais elle me semble fournir un terrain propice à la naissance d’un rapport extrêmement sensuel au paysage, aux relations humaines de nature érotique ou semi - érotique, au langage, etc …. ”. Des aspects perceptibles dans cette belle création de Christiane Letailleur, réalisée à partir de la seconde version datée de 1919, traduite en français par Eloi Recoing, qui restitue le registre poétique oublié de l’auteur de La Résistible ascension d’Arturo Ui.

A cette occasion, la metteuse en scène retrouve dans le rôle titre Stanislas Nordey, magnifique interprète à ses côtés de Hinkemann de Ernest Toller (2015), qui porte les accents de Baal avec une intensité physique et verbale incandescente, dans un mélange de cynisme et de romantisme sous lesquels apparaît une forme de désespoir. A ses côtés, on remarque particulièrement la présence de Vincent Dissez, son ami – amant Ekart, et celle de Youssouf Abi-Ayad, Johannes, au cœur d’une interprétation parfois inégale où les comédiens portent plusieurs personnages. Mais la relation avec cette œuvre passe également dans l’intégration pluridisciplinaire intelligente des composants de sa réalisation. Notamment dans le traitement des multiples localisations de la pièce, concentrées avec rigueur et talent par Emmanuel Clolus et Christiane Letailleur, dans une scénographie dont la sobriété des éléments, leur mobilité et leur architecture contribuent à l’expression et à la sensibilisation des actions en suscitant des images prégnantes ou émouvantes. Elles trouvent un support de poids dans les lumières affinées et les jeux d’ombres de Stéphane Colin, la vidéo de Stéphane Pougnaud et les ambiances sonores de Manu Léonard, qui contribuent à la perception du paysage mental forgé par Brecht.

Photos Brigitte Enguerand/Théâtre de la Colline.

Baal de Bertolt Brecht, traduction Eloi Recoing, ( L’Arche éditeur) mise en scène Christine Letailleur, avec Youssouf Abi-Ayad, Clément Barthelet, Fanny Blondeau, Philippe Cherchel, Vincent Dissez, Valentine Gérard, Manuel Garcie-Kilian, Emma Liégeois, Stanislas Nordey, Karine Piveteau,Richard Sammut. Scénographie Emmanuel Clolus et Christine Letailleur, lumière Stéphane Colin, son et musiques originales Manu Léonard, vidéo Stéphane Pougnaud. Durée : 2 heures 25. Théâtre de la Ville au Théâtre de la Colline jusqu’au 20 mai 2017. Maison de la Culture d’Amiens les 23 et 24 mai 2017.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.