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Critiques / Opéra & Classique

"BE" CLASSIQUE du Centre de Wallonie-Bruxelles

par Caroline Alexander

Scherzi Musicali - Les Muffati : deux ensembles virtuoses de musique ancienne

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Ce fut une première. Le discret (et si chaleureux) Centre de Wallonie Bruxelles, antenne parisienne de la Belgique francophone, lové à l’ombre du Centre Georges Pompidou, alias Musée Beaubourg, dans l’étroite rue Quincampoix, organisait pour la première fois un petit festival musical, pour faire connaître en trois soirées les profils de la vie musicale belge (voir WT 4651 du 29 mai 2015).

Du 9 au 11 juin, trois soirées, trois thèmes. En apéritif les musiques d’aujourd’hui avec les œuvres de quatre compositeurs belges (+ Debussy, en salut à la France !) par les chefs et interprètes du «  Centre Henri Pousseur » de Liège et l’Ensemble « Sturm und Klang »
En plat central : un panorama de classiques (Beethoven, Strauss, Britten, Mendelssohn, Webern, Dvorak) par les « Walnier et Gurning Duo » et le « Quatuor Alfama ».

En apothéose

En dessert enfin et en apothéose pourrait-on dire, deux échantillons virtuoses de la pratique des musiques anciennes dont les redécouvertes il y a une quarantaine d’années doivent beaucoup au noyau de musiciens belges réunis autour de Gustav Leonhardt et des frères Kuijken, bientôt suivis par une petite pléiade d’interprètes tels Philippe Herreweghe ou René Jacobs qui en ont poursuivi la renommée internationale. Voici donc deux de leurs descendants, deux ensembles férus des musiques médiévales, de la Renaissance et de l’ère baroque. Baroque ! Le mot mis à la mode a englouti à tort les désignations de ses prédécesseurs. Ici ils ont repris leurs droits.

Jouer sur instruments anciens (d’époque ou façonnés à l’ancienne par des facteurs luthiers d’aujourd’hui), un répertoire correspondant à leurs sonorités, telle est la bible des deux ensembles présentés en clôture de ce premier festival « BE » : les Scherzi Musicali et Les Muffati.

Notes, soupirs, beauté des Scherzi Musicali

Les premiers fondés par le baryton Nicolas Achten se sont déjà forgé une réputation largement hors frontières de leur petit pays. Au programme de la soirée, un « retour aux sources » avec le mythe d’Orphée revu et remis en musique non seulement par Monteverdi auquel on attribue un peu à la légère « l’invention » de l’opéra mais bon nombre de ses contemporains. Achten leur a extrait des morceaux choisis qui mis bout à bout reconstituent la saga du divin chanteur. Tout s’enchaîne : ses premières marques amours, la mort de sa bien-aimée Eurydice, la descente aux enfers, puis sa propre mort. Monteverdi (1567-1643, bien sûr est présent (avec entre autres son bouleversant Tu se’ morta) mais Luigi Rossi (1597-1653), Girolamo Kapsberger (1580-1651), Giulio Caccini (1551-1618), Jacopo Peri (1561-1633), Antonio Sartorio (1630-1680) apportent tour à tour leurs notes, leurs soupirs, leur beauté.

Etrange lirone

Nicolas Achten est Orphée, il chante debout en s’accompagnant d’un théorbe-chitarrone ou d’une guitare baroque. La voix est douce, un velours sur lequel glissent les mots finement articulés. Son Eurydice a le timbre clair de la soprano Deborah Cachet, fine, blonde, medium serein, aigus aériens. Les sept instrumentistes ont les parts belles. Lambert Colson manie en maître les cornets à bouquin, en courbe et en longueur, Simon Linné alterne, comme Nicolas Achten mais sans chanter, le théorbe et la guitare, François-Joubert Caillet fait bourdonner en douce sa viole de gambe tandis qu’Eriko Samba manie en parfaite justesse les accompagnements de ce rare et étrange instrument qu’est le lirone avec sa caisse arrondie et ses multiples cordes.

Bref, Orphée renaît et meurt en 50 minutes de bonheur.

Les vagues italiennes de Londres par Les Muffati

En deuxième partie du concert, Les Muffatti, ensemble né en 2004, font revivre la vague italienne qui contamina la ville de Londres entre la fin du 17ème siècle et la mi-temps du 18ème. Charles Avison (1709-1770), Giuseppe Sammartini (1685-1750), Pietro Castrucci (1679- 1752) et Francesco Geminiani (1687-1762).
Alors que leur envahissant contemporain Haendel (1665-1759) a laissé un héritage qui jusqu’aujourd’hui fait le tour du monde, les compositeurs retenus pour ce concert, de nos jours quasi oubliés, créèrent pourtant en leur temps une véritable invasion de musique italienne dans la capitale britannique.

Authenticité

Les Muffatti font résonner debout l’énergie dansante de leurs musiques. Tous et toutes, à l’exception - forcément - du violoncelle et du clavecin, sont dressés sur leurs jambes comme sur des projecteurs. Pas de chef d’orchestre mais un violon conducteur dont la dynamique Rachael Beesley fait chanter les cordes avec une fluidité repartie sur tout son corps, souple et dansant. Du regard, des bras, des hanches, elle entraîne sa troupe composée de deux premiers violons, trois seconds, deux altos, deux violoncelles, un luth et le clavecin posé, en perpendiculaire au centre de la formation. Le public voit le dos du claveciniste (Pascal Dubreuil) et le double clavier de l’instrument.
Couleurs pastel, couleurs vif argent alternent en vitalité contagieuse. On se sent parfois des envies de danser.

La recherche minutieuse d’authenticité des deux ensembles rend justice à ces musiques d’un âge ancien qui grâce à eux se rapprochent du nôtre.

« BE » CLASSIQUE – Centre de Wallonie-Bruxelles –
01 53 01 96 96 – www.cwb.fr

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