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Critiques / Théâtre

Aux corps prochains de Denis Guénoun et Stanislas Roquette

par Corinne Denailles

Nul ne sait ce que peut un corps

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Denis Guénoun et Stanislas Roquette usent du langage théâtral pour nous parler philosophie, ou s’inspirent de la philosophie pour penser le théâtre. Après Saint Augustin, nous voici en compagnie de Spinoza. Disons que la lecture de L’Ethique, dans laquelle Spinoza s’interroge sur la question du corps ("nul ne sait ce que peut un corps"), ainsi que le commentaire qu’en fit Gilles Deleuze, ont été la source d’une réflexion théâtrale sur le corps qui restitue un spectacle apparemment affranchi, ou presque, de son origine. Car, outre le prologue qui rappelle l’admiration de Nietzsche pour Spinoza, on ne peut pas dire que le spectacle, essentiellement visuel, soit encombré de discours philosophique. C’est à la fois la vertu et la limite de cette aventure qui a requis deux ans de travail. Les multiples questionnements autour de la trompeuse évidence des corps et des mystères qui les nimbent révèlent un émerveillement qui est la matière du spectacle. L’étonnement et le corps étant l’essence du spectacle vivant.
Conduit par cinq artistes talentueux, comédiens, chanteurs et danseurs, Aux corps prochains se divise en cinq variations de qualité inégale qui chacune explore une dimension. Les quatre premières sont visuelles, la cinquième est de l’ordre du discours : 1. Se lever, 2. se laver, 3. fuir, 4. fêter, 5. déclarer. Les actions sont filmées et les images projetées offrent des zooms et des points de vue différents intéressants grâce au travail de vidéo mené par Charles Habib-Drouot. Il y a de très beaux moments (Fêter en particulier) mais le fruit attendu, la transmutation du discours philosophique en expérience théâtrale et en questionnement corporel n’est pas tout à fait à la hauteur de l’ambition.

Aux corps prochains (Sur une pensée de Spinoza). Conception : Denis Guénoun et Stanislas Roquette. Mise en scène : Denis Guénoun. Chorégraphie : Chrystel Calvet. Coordination, vidéo : Charles Habib-Drouot. Scénographie : Anne Lezervant. Costumes : Gwladys Duthil. Conseiller artistique : Dominique Baumard. Lumière : Geneviève Soubirou. Régie générale, son : Jérémie Quintin. Avec Alvie Bitemo, Marc Depond, Marie-Cécile Ouakil, Stanislas Roquette, Marc Veh. Au Théâtre national de Chaillot, jusqu’au 13 mai 2015 à 21h. Durée : 1h30. Résa. 01 53 65 30 00.
www.theatre-chaillot.fr

© Claude Harmelle

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