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Critiques / Opéra & Classique

Aujourd’hui l’Italie

par Christian Wasselin

Sous le titre « Oggi l’Italia » (« Aujourd’hui l’Italie »), Radio France a consacré la 26e édition du festival Présences, du 5 au 14 février, à la musique italienne.

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SI ELLE EST NÉE avec l’homme et a grandi avec lui, la musique a connu vers 1600 une seconde naissance à la lumière du mythe d’Orphée dont se sont emparé plusieurs compositeurs pour donner la vie au genre de l’opéra. Ces compositeurs étaient italiens, ils ont travaillé dans les cours de l’Italie du nord (à Mantoue, à Florence), et dès lors la musique italienne a prospéré pendant quatre siècles avec un incomparable éclat.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Dix-neuf ans après avoir consacré une édition entière de Présences à Berio et aux jeunes compositeurs italiens de la fin du XXe siècle, Radio France a voulu de nouveau interroger la musique italienne à la faveur de la vingt-sixième édition du festival. La musique italienne ? Il est devenu difficile aujourd’hui, tant les artistes voyagent, naissent ici, étudient là, s’installent encore ailleurs, de parler d’« école italienne ». Cette expression, à vrai dire, n’a guère eu de sens (si jamais elle en eut un) qu’au XIXe siècle, à l’époque où un Verdi incarnait l’Italie à lui seul. Au XVIe siècle, par exemple, bien des compositeurs des Flandres ont travaillé en Italie : il suffit de penser à Adriaan Willaert, né à Bruges et mort à Venise.

Aujourd’hui, les échanges sont encore plus nombreux, comme on peut l’imaginer. Notre époque se caractérise par la diversité des courants et surtout des personnalités. Derrière des personnalités très affirmées (Luca Francesconi et Ivan Fedele, notamment, dont on a pu entendre plusieurs œuvres), la jeune création italienne se caractérise par un foisonnement qui ne permet plus de parler d’« école », même si une Francesca Verunelli affirme « qu’il y a quelque chose de commun chez les Italiens, comme il y a sans doute quelque chose de commun chez les Allemands ou chez les Français ».

De Gesualdo à l’Ircam

Il suffit de rappeler aussi que bien des compositeurs à l’affiche de Présences 2016 sont passés par l’Ircam (Stefano Bulfon, Aureliano Cattaneo, Pasquale Corrado, Francesco Filidei, Stefano Gervasoni, Clara Iannotta, Mauro Lanza, Marco Momi, Lara Morciano, Marco Stroppa, Francesca Verunelli) et qu’un Luca Francesconi, avec Bread, Water and Salt donné lors du concert d’ouverture, a écrit une partition sur des textes de Nelson Mandela. Ivan Fedele n’est pas en reste, qui met en musique dans Times like that des fragments de discours de Lech Walesa, Barack Obama et Aung San Suu Kyi, ou utilise le grico dans Moroloja ke erotika.

14 concerts organisés dans les différentes salles de la Maison de la radio (dans l’Auditorium et dans les Studios 104, 105 et 106), tous diffusés en direct ou en différé par France Musique, ont permis de se plonger dans le grand bain de la musique italienne d’aujourd’hui, quelques pages de la Renaissance (Gesualdo) et de compositeurs essentiels du XXe siècle (Berio, Nono, Maderna, Donatoni) permettant de rappeler le socle sur lequel repose la jeune musique. Au total, 16 œuvres ont été présentées en création mondiale et 10 en création française, treize partitions (signées Francesconi, Fedele, Filidei, Dazzi, Movio, Cattaneo, Bulfon, Iannotta, Cresta, Corrado, Colla, Rivas, mais aussi Thierry Pécou) étant par ailleurs le fruit de commandes ou de co-commandes de Radio France.

Mikko Franck à l’ouverture

Côté interprètes, Présences 2016 a mis à contribution les formations de Radio France, particulièrement le Chœur, la Maîtrise et l’Orchestre Philharmonique, qui ont pris part au concert d’ouverture placé sous la direction de Mikko Franck, directeur musical de l’Orchestre Philharmonique. L’Orchestre national d’Île-de-France et son directeur musical Enrique Mazzola, mais aussi des ensembles invités (2e2m, MDI, Le Balcon, Multilatérale, Les Cris de Paris, les Solistes XXI, le Quartetto Prometeo, Les Francs Bassons), ont montré l’intérêt que suscite cette musique, également servie par des solistes de choix, instrumentistes (le trompettiste Hakan Hardenberger, le pianiste Nicolas Hodges, les flûtistes Mario Caroli et Matteo Cesari, l’accordéoniste Pascal Contet, etc.) ou chanteurs (Pumeza Matshikiza, Valentina Coladonato, Donatienne Michel-Dansac…).

Après tant d’œuvres nouvelles, on éprouve un sentiment de griserie. Si dans vingt ans Présences de nouveau s’intéresse à la musique italienne, lesquels de tous ces compositeurs retrouverons-nous ?

Photo : Luca Francesconi (Masotti/Ricordi

Présences 2016 : « Oggi l’Italia », du 5 au 14 février, Paris, Maison de la radio.

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