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Critiques / Théâtre

Au nom du père et du fils et de J.M. Weston de Julien Mabiala Bissila

par Dominique Darzacq

...Au nom de la mémoire meurtrie

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Auteur, comédien, metteur en scène congolais, Julien Mabiala Bissala, avait tout juste vingt ans quand la guerre civile obligea l’apprenti comédien, qu’il était alors, à se réfugier dans la forêt où il vécut pendant deux ans. Un parcours indicible qui le laissa orphelin, l’amputa d’une partie de sa vie et sur lequel il revient « en demandant aux mots de faire plusieurs métiers » pour, de pièce en pièce à l’humour explosif, lutter contre l’oubli. Après Crabe qu’il mit lui-même en scène aux Francophonies en Limousin, c’est aujourd’hui Au nom du père et du fils et de J.M. Weston pièce qu’il met en scène et dans laquelle il joue.

Sur la scène (scénographie Delphine Sainte-Marie) ce qui semble un pan de mur effondré et parmi des objets difficilement identifiables les vestiges de ce qui pourrait être un canapé, le tout englouti sous un amas de cordes, saisissante métaphore de l’entrelacs chamboulé des rues et ruelles du quartier d’enfance de Criss ( Criss Niangouna) et Cross ( Julien Mabiala Bissila). Deux frères rescapés d’une guerre, en quête de « la parcelle » qui a appartenu à leur père et où ils veulent retrouver sa paire de chaussures Weston. Ils ne reconnaissent rien de l’endroit qui les a vus grandir, disputent et discutent sur la direction à prendre et la topographie des lieux. Les évoquant dans leur réalité d’hier , d’effroi en éclats de rire, c’est toute l’histoire d’une famille et d’un pays « secoué dans tous les sens » traversé par la colonisation, la dictature et les ravages de la guerre civile qui affleurent en même temps que le souvenir de leur père (Marcel Mankita), surgissant de leur mémoire « sapé » d’un costume rouge et chaussé d’étincelantes « Weston », celles sans doute que recherchent les deux frères, précieux héritage en même temps que symbole de la « SAPE » une manière de dandysme affichée comme rempart à la barbarie. « Après ces années grises de concertos pour kalache, la première des choses était de retrouver l’odeur du cirage, juste ce parfum, ça calmait en nous tout ce qui bougeait » explique un des personnages.

En quête de « Weston », fouillant tout à la fois les ruines d’une ville meurtrie par la guerre civile et ses souvenirs, Julien Mabalia Bissila nous égare parfois dans les méandres d’une mémoire qui brasse, en surmultiplié, figures intimes et historiques, la biographie de J.M Weston et le théâtre, les subtilités de la SAPE et les ravages de la kalachnikov . S’il nous laisse par instant sur la rive, il nous reprend vite dans ses filets par la force d’une écriture fortement épicée, aussi truculente que rageuse. S’y ajoutent la souplesse et la dextérité de jeu des comédiens, chantres d’une geste où derrière l’évocation du chaos et de la douleur, se disent haut et fort l’espoir et la vie.

Au nom du père et du fils et de J.M. Weston, texte et mise en scène Julien Mabiala Bissila, avec Julien Mabiala Bissila, Marcel Mankita, Criss Niangouna

Le Tarmac jusqu’au 4 décembre (durée 1h20) tel 01 43 64 80 80

En tournée 21-22 janvier 2016 Martinique (EPCC)
Réseau ATP : février : 6 Dax, 9 Roanne, 13 Pennautier, Mars : 1er Poitiers, 7-8 Aix en Provence, 10 Uzès, 12 La Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, 18 Lunel, 23 Orléans, 30 Nîmes. Avril : 1er Villefranche de Rouergue, 26 Epinal, 3 Mai Millau

Photos © PVE et Andrea/Magda

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