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Assommons les pauvres d’Evelyne Pieiller

par Gilles Costaz

Le renouveau du cabaret politique

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Jacques Pieiller était l’un des grands acteurs de la décentralisation dans les années 90. Evelyne Pieiller est l’un des auteurs les plus intéressants parmi nos contemporains. On avait pu avoir l’impression qu’ils avaient disparu ou s’étaient éloignés. Il n’en est rien ! Ils ont travaillé en dehors de Paris et leur nouveau spectacle, Assommons les pauvres, est de passage en région parisienne. Créé au Triton des Lilas, il est repris aux Malassis de Bagnolet (et sera donné, le 25 mars, au Centre Barbara, à Paris). Avec eux, le théâtre cogne ! Entretien avec eux sur leur manière de faire du cabaret politique.

Pourquoi votre compagnie s’appelle-t-elle le Grand Théâtre Tilhomme ?
Jacques Pieller : C’est un nom de la Bourgogne du Sud qui veut dire la butte. Nous avons fait un théâtre là-bas, sur les collines de Cluny. Un théâtre populaire, avec un vrai public. On jouait des textes d’Evelyne, joués en dialogue avec la musique. C’était toujours une leçon de désobéissance. Cela a duré de 2002 à 2009. Nous avons dû partir, à cause d’un mauvais climat politique qui s’est créé là-bas. Mais le public venait nombreux, parfois de très loin. Nous sommes en train de construire un nouveau théâtre dans la campagne, près du Mans, qui s’appellera aussi Tilhomme et qui devrait ouvrir cet été.
Assommons les pauvres : d’où vient cette formule choc ?
Evelyne Pieiller : Mais c’est de Baudelaire, dans Le Spleen de Paris.
Vous faites du cabaret politique ?
Jacques Pieiller : Oui, j’avais envie de trouver une forme de cabaret politique, pas tricheur, pas oblique, par sur le consensus, mais qui donne de la joie, qui soit frontal, dont les chocs viennent à la fois de la parole et de la musique. Il fallait que les textes soient brutaux mais élaborés, qu’ils aient une forme d’adresse au public. Nous nous sommes associés à un groupe de rock, Rise People, Rise ! D’ailleurs, notre précédent spectacle s’appelait Ma grande histoire du rock’n roll.
Et ce nouveau spectacle ?
E. P. On ouvre avec quelque chose qui est de l’ordre du répertoire du music-hall. Puis on passe à Baudelaire, dont le texte est plutôt froid. On se demande qui parle. C’est un appel à l’insoumission, splendide. La musique intervient alors comme une déflagration. Ensuite, il y a le texte de Léon Bloy, sur l’incendie du Bazar de la Charité, où sont mortes plus de 120 personnes en 1897. Le public est cloué d’effroi et rit ! Car on ne peut pas être passif, on est secoué et on réagit. Dans le texte qui suit et qui est l’un de mes textes, je casse le principe de l’adresse aux spectateurs et je pose la question : c’est quoi notre rapport à nous les écrivains, les artistes, les intellectuels, face aux pauvres ? C’est un texte très méchant ! On termine par une sorte de lecture, avec le dernier texte de Roger Vailland, Eloge de la politique. Tout est simple, pour que tout appartienne à tout le monde. Rien n’est élitaire. Il faut faire confiance à la vitalité des textes qui rencontrent les questions des gens et leur émotion. Ce n’est surtout pas de la propagande ou du message univoque, c’est décalé.
Vous êtes un auteur qui compte. Pourquoi ne donnez-vous pas vos propres pièces, vos fictions ?
E. P. Je n’ai pas changé et je continue d’écrire. Mais, pour ce type de théâtre, je me sens obligée d’y aller de cette façon. J’aime travailler sur les textes des autres, les agencer, les faire circuler.
Vous-mêmes et votre équipe ne passez plus par le circuit des théâtres traditionnels ?
J. P. C’est une autre façon d’agir. Je suis passé chef de troupe. Evelyne, c’est la dramaturgie, et moi, c’est le plateau. Il faut déblayer pour être acteur, faire le ménage. Ces expériences m’ont mis sur le chemin de l’humilité et me permettent de transmettre aux jeunes une éthique. Les responsables des théâtres aujourd’hui ne cherchent plus véritablement à recevoir des troupes. Il nous faut développer notre réseau, c’est une aventure difficile mais heureuse.

Assommons les pauvres d’après Victor Hugo, Léon Bloy, Roger Vailland, Charles Baudelaire..., textes adaptés par Evelyne Pieiller. Jeu et régie de Jacques Pieiller, Jean-Marc Hérouin. Lumières de Jean-Louis Jacopin. Peinture de Mélik Ouzani. Musique : groupe Rise People, Rise !, avec Lucas de Geyter, batterie, chant - Johan Toulgoat, guitare - Jérôme Baudouin, basse. 
 
Salle des Malassis 36, Rue Pierre et Marie Curie - accès direct rue Julian Grimau - (à côté du Conservatoire) 93170 Bagnolet, tél. 01 49 93 60 81 et 07 60 42 79 75, du 29 novembre au 2 décembre.

Photo DR.

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