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Assoiffés de Wajdi Mouawad

par Corinne Denailles

Les tourments de l’adolescence

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Avant d’exercer le métier d’anthropologue judiciaire Boon se rêvait écrivain quand il rédigeait les devoirs de son grand frère. Au cours d’une enquête sur l’étrange découverte de deux cadavres de jeunes gens enlacés (belle construction de Anne Bothuon) repêchés dans le Saint Laurent, il se rend compte que le garçon, Murdoch, était dans la classe de son frère et réalisera plus tard que la jeune fille n’est autre que Norvège, personnage de fiction qu’il avait autrefois inventé. Le mariage de la réalité et de la fiction est la spécificité de ce beau texte de Wajdi Mouawad (publié en 2007)qui raconte les tourments de l’adolescence à travers trois destins. Murdoch est le révolté, le rebelle qui questionne les certitudes des adultes et souffre de ne plus jouir de la magie de l’enfance et de la confrontation violente avec le monde. Norvège, dans une très belle scène interprétée par Fanny Catel, explique pourquoi elle s’était murée dans sa chambre. C’est qu’elle a un jour découvert qu’à son insu elle abritait la laideur dans son ventre, un fœtus monstrueux auquel chacun de nous s’est habitué mais qu’elle ne peut tolérer. Norvège a soif de beauté, comme Murdoch a soif de sens.
On retrouve les thèmes obsessionnels de Mouawad, comme le principe de l’enquête qui est quête de mémoire, ou la figure d l’autobus lié à un traumatisme dans l’enfance libanaise. L’écriture est poétique, truffée d’expressions québécoise, souvent drôle, lyrique à l’occasion, gonflée d’émotions.
La compagnie l’Alinéa a tenté une mis en perspective en jouant sur plusieurs dimensions : mise à distance grâce aux marionnettes à dimensions variables, vidéos qui diffusent des images de la guerre du Golf en 1991 (date à laquelle on a sorti les cadavres du fleuve), mais aussi des vidéos qui projettent des images du plateau, projections graphiques très belles, théâtre de papier pour figurer les personnages de papier. Mais tous ces dispositifs apparaissent superfétatoires et le conteur (et metteur en scène Brice Coupey) ne portent pas le texte avec l’intensité et les nuances qu’on attendrait. Néanmoins malgré ces réserves, on est sous le charme de l’univers de Wajdi Mouawad.

Assoiffés de Wajdi Mouawad, mise en scène Brice Coupey, avec Brice Coupey, Fanny Catel, Ladislas Rouge. Images, Dominique Aru ; animation, Marie Opron ; scénographie, Michel Gueldry ; son, Joãa de Almeida ; lumièers, Laurent Patissier. Au théâtre Mouffetard, théâtre des arts de la marionnette jusqu’au 28 janvier à 20h, dimanche à 17h. Le 26 à 14h30. Résa : 01 84 79 44 44. Durée : 1h40.

Texte publié aux éditions Actes sud papiers

Photo Jean-Yves Lacôte

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