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Arvo Pärt, l’ovni musical lituanien à la Philharmonie

par Olivier Olgan

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A l’occasion du 80ème anniversaire de son compatriote, Paavo Järvi, directeur musical l’Orchestre de Paris et grand prosélyte de son œuvre, rend hommage à Arvo Part, les 19 et 20 septembre à Philharmonie de Paris. L’occasion de revenir sur l’aura de ce compositeur qui doit son succès à une détermination paradoxale d’être hors du temps.

Les deux programmes des 19 et 20 septembre que Paavo Järvi, le directeur musical de l’orchestre de Paris et fervent prosélyte dans la tradition familiale (avec son père Neeme) du travail de son compatriote en proposent une belle synthèse ; nous immergeant dans ses différentes périodes créatrices, des ‘collages’ de ses débuts Credo de 1968, au tournant des années 70 (Fratres, 1977, Cantus in Memory of Benjamin Britten, 1980) aux œuvres plus récentes comme Passacaglia (2003) et la création française de La Sindone de 2005 en référence au Saint Suaire. Ce panorama exceptionnel permettra à l’auditeur de plonger dans une fascinante exigence musicale, appuyée sur une véritable ‘éthique du silence’.

Réduite - ou récupérée - souvent à contre sens ou de mauvaise foi - à une musique new age ou minimaliste, l’œuvre du compositeur estonien Arvo Pärt a su pourtant résister à tous les diktats ; la censure de la nuit soviétique qu’il quitta en 1980(1), l’enferment tonal et conceptuel qu’imposait l’écosystème institutionnel et critique de l’époque, ou encore les canons ‘progressistes’ de la modernité numériques ou médiatiques. Et conquérir un vaste public bien au-delà des amateurs de musique contemporaine, dont il a contribué à bousculer le carcan. « Le temps des joutes idéologiques parait déjà lointain : il ne s’agit plus désormais que d’écrire pour les uns, d’ouvrir ses oreilles et son esprit pour les autres. » écrivait Jean-François Zygel en 1993.

« Le temps présent et l’éternité sont liés" confie Pärt à Enzo Restagno et Léopold Brauneiss au cours de l’entretien qui constitue l’essentiel du livre. "Nous sommes tiraillés en permanence entre instant présent et éternité. Et là réside la cause de toutes nos obstinations, de notre étroitesse d’esprit, de notre foi et de notre peine" A contre courant des modes et pourtant parfaitement dans l’air du temps, nourrie d’une vaste culture musicale – étendue et parfaitement assimilée – tout aspirant un dépouillement hors du temps, Part privilégie à la fois l’introspection personnelle et la simplicité formelle, et l’authenticité d’un message spirituel propre : à travers ce qu’il appelle ’le style tintinnnabuli’ - la quête d’un tintement parfait - qui n’est ni nostalgie d’un idéal perdu, ni un prosélytisme religieux, encore moins une ambition de s’inscrire dans l’histoire, mais plutôt la volonté créatrice de le reconquérir.

Arvo Part a été un son, bien avant d’être un nom. Le choc esthétique qu’il procure vient d’abord du disque. C’est en 1984 avec la publication du disque Tabula Rasa (et une version de Fratres où Gidon Kremer y donne la réplique à Keith Jarrett) édité par le label ECM que la musique d’Arvo Part traverse le mur de Berlin : « C’était un disque idéal pour découvrir la musique instrumentale du compositeur, commente Bertrand Dermoncourt dans ses indications discographiques à la fin du livre Arvo Part(2), comme le sera deux ans plus tard Arbos pour appréhender les œuvres sacrées, autour du Stabat Mater et de divers motets interprétés par le Hilliard ensemble. »

La rencontre de Manfred Eicher fondateur du label et du compositeur ne doit rien au hasard, l’éditeur des John Adams, Keith Jarrett, Jan Garbarek, Meredith Monk, Louis Sclavis, Tomasz Stańko, Steve Reich, … a permis à Part de trouver ce que Dermoncourt désigne d’une formule pertinente comme « une véritable éthique interprétative, faire de rigueur, de précision rythmique et d’éloquence expressive".

Part selon ECM, c’est "le feu sous la glace", en quelque sorte. Il est certain que cette acuité visionnaire, ce tranchant dans les attaques, cette transparence des textures sonores que l’on retrouve dans la plupart de ces enregistrements, exaltent la modernité radicale de la musique plus qu’ils ne la tirent vers la tradition. Ce "feu sous la glace" qualifié pour certains de "planan"’, méprisée comme ‘"implistes" par les autres, a illuminé bon nombre de longs métrages comme ; Gerry, There Will be blood, Les amants du Pont Neuf ou La chambre des officiers

« J’ai abouti, poursuit Part à ses interlocuteurs, au constat que ma tâche ne consistait pas à me battre avec le monde, à condamner tel ou tel, mais plutôt en première ligne à me reconnaitre moi-même, parce que tout conflit commence d’abord en nous-mêmes. » . Si sa quête de liberté s’enracine dans la foi religieuse - qui reste comme il le revendique ‘une affaire purement personnelle’ - elle n’est jamais comme chez Bach un moyen didactique de prêcher en musique. « Comme le cinéma de Tarkovski, commentent Enzo Restagno et Léopold Brauneiss(2), la musique d’Arvo Part est tout entière imprégnée de ces valeurs de paix, de fraternité et d’humilité qui sont le socle commun à toutes les religions, parce qu’elles sont le fondement de notre humanité. »

On a tout écrit sur Arvo Part, sans épuiser ni le mystère, ni la fascination qu’elle exerce. Lui répond que le silence est toujours plus parfait que la musique. Le paradoxe reste intact, mais pas l’humanisme sincère ce que sa musique irradie.

A la Philharmonie 1, Orchestre de Paris, Paavo Järvi direction :
Samedi 19 septembre, 19h : œuvres d’Arvo Pärt : Summa, pour orchestre à cordes, Passacaglia, Da pacem domine, Credo, La Sindone (création française), Silhouette, hommage à Gustav Eiffel, Symphonie n° 3, Cantus in Memory of Benjamin Britten.
Avec Viktoria Mullova, violon Romain Descharmes, piano, Chœur de l’Orchestre de Paris Lionel Sow, chef de chœur ARVO PÄRT (1935) http://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/15163-orchestre-de-paris

Dimanche 20 septembre, 16h30 : œuvres d’Arvo Pärt : Fratres, Swansong, Tabula Rasa, et de Erkki-Sven Tuur (1959) Sow the Wind (création mondiale). Avec Viktoria Mullova, violon, Mari Poll.

http://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/15162-tabula-rasa

En complément : dimanche 20, 15h : Musique de chambre Off des Musiciens de l’Orchestre de Paris sur le thème ‘Résistance et Exil’ avec des œuvres de Part : Fratres / Summa, Ligeti : Quatuor à cordes n° 1 « ‘Métamorphoses nocturnes’ , et Chostakovitch : Quatuor à cordes n° 8. Tarifs : 20€ | 10€ (28 ans)

A lire :
(1) La musique du XXe siècle en Russie, C. Lemaire, Fayard, 1994
(2) Arvo Part, Enzo Restagno et Léopold Brauneiss, Actes Sud/Classica, 2012

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