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Critiques / Théâtre

Art de Yasmina Reza

par Corinne Denailles

Absolument réjouissant

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A la création en 1994 la mise en scène efficace de Patrice Kerbat avec Pierre Vaneck, Pierre Arditi et Fabrice Luchini avait valu deux Molières au spectacle (Kerbrat en proposera d’ailleurs une nouvelle mise en scène en 2018 avec Jean-Pierre Darroussin, Charles Berling, Alain Fromager).
Tombé entre les mains des Tg Stan, Art a subi une sorte de mise à plat, de déshabillage, de déconstruction préalable aux modalités de reconstruction typiques du collectif qui cette fois s’est associé à Dood Paard pour nous rendre une pièce revisitée par leur regard singulier et en même temps dans une totale fidélité au texte, exceptés les quelques ajouts autorisés exceptionnellement par l’auteur, indispensables à leur tradition de jeu interactive avec le public. Adeptes de la chute annoncée du quatrième mur, ils installent la situation au milieu d’un bazar d’éléments scénographiques qui n’évoquent en rien le salon bourgeois, théâtre d’une rencontre amicale qui révèlent ses failles et se fissure à propos d’une question artistique. L’un d’eux, Serge (Kuno Baker) a payé très cher un tableau blanc, entièrement blanc, traversé de lignes blanches si on regarde bien. Le débat artistique cristallise les différents entre les amis et révèlent leur caractère. Marc (Franck Vercruyssen) ne comprend rien à cet achat qu’il qualifie de « merde blanche » et remet en question son amitié pour Serge à l’aune de cette incompréhension ; comment aimer quelqu’un qui achète cette horreur ? « qui aime » cette toile rectifie Serge, soulevant la question de l’art contemporain, de sa définition, de la légitimité des œuvres, du débat entre valeurs artistique et marchande. Entre les deux, l’incertain Ivan (Gillis Biesheuvel) s’emploie à ne pas avoir de point de vue, tente de réconcilier les deux autres et se fait malmener pour sa mollesse. Il y a du Nathalie Sarraute dans ce texte dans l’analyse de la dégradation des relations des trois amis dont certaines répliques font penser au « c’est bien ça » de Pour un oui pour un non.
Les Tg Stan et Dood Paard mettent à distance le texte, emmènent le spectateur de l’autre côté du miroir, mettent en abîme le jeu même des acteurs. Ils organisent le plateau à vue en toute décontraction, se réapproprient sans complexe le texte (qu’ils disent en français avec un puissant accent flamand qui contribue à susciter le rire mais ne gêne en rien la compréhension du texte), improvisent des apartés, des commentaires ; ils ont un sens de la comédie qui n’appartient qu’à eux qui tient sur un fil ténu dont ils ont retrouvé la parfaite maîtrise. Excellents, les comédiens réinventent la pièce dont ils rehaussent les qualités. Avec eux, les personnages quittent leurs costumes bourgeois et accèdent à une humanité touchante bien que toujours un peu ridicules.

Art de Yasmina Reza. Spectacle de Tg Stan et Dood Paard. Avec Kuno Baker, Gillis Biesheuvel Franck Vercruyssen. Costumes, An D’huys ; lumières et son, Julian Maiwald. Au théâtre de la Bastille jusqu’au 30 juin 2017 à 20h. Durée : 1h30. Résa : 01 43 57 42 14.

Art est édité aux éditions Folio.

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