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Critiques / Opéra & Classique

Ariane à Naxos de Richard Strauss

par Caroline Alexander

Karita Mattila illumine la reprise de la production déjantée signée Laurent Pelly

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Quatrième édition de la production que Laurent Pelly avait ajustée à son imagination en 2003 au Palais Garnier où son décor truffé de palissades en bétons, d’escaliers et de mezzanines tranchaient sur les ors et velours de la salle. Transposée un an plus tard dans les géométries de Bastille, elle y trouvait un cadre qui lui allait mieux au teint et à la forme.

On la retrouve intacte dans les déviations qu’elle fait joyeusement subir à ce chef d’œuvre atypique que Richard Strauss confectionna sur le livret du poète Hugo von Hofmannsthal. Un méli-mélo burlesque où se côtoie les raffinements de l’opera seria et les facéties de la commedia dell’arte. Composée à l’intention du metteur en scène Max Reinhardt, grande figure du monde du spectacle, l’œuvre contient de nombreux dialogues simplement parlés exactement comme au théâtre. Un prologue, un acte, deux situations distinctes : entrée en matière à la première où l’on découvre le caprice d’un riche mécène qui a passé commande d’un opéra à un jeune compositeur et d’un divertissement à une troupe de comédiens saltimbanques. Pour que son feu d’artifice de clôture puisse démarrer en temps et en heure, il ordonne que les commandes se fondent en une seule œuvre. L’acte deux en fait découvrir le résultat avec une Ariane qui sous l’influence gaillarde de la coquine Zerbinette accepte d’oublier l’abandon de Thésée pour aimer un autre homme, ce beau Bacchus, jeune dieu échappé des bras de Circé.

Impeccable Sophie Koch, malicieuse Daniela Fally, irradiante Karita Mattila

Les distributions ont varié d’une reprise à l’autre à l’exception de Sophie Koch toujours présente, vaillante, impeccable dans le rôle du compositeur auquel elle prête une dégaine de jeune dandy rageur et sa voix superbement projetée. Impossible d’oublier le bikini et les trilles voltigeuses de Natalie Dessay, première Zerbinette de la série. Pour ses débuts à l’Opéra de Paris, Daniela Fally, jeune soprano autrichienne investit le malicieux et papillonnant personnage avec une perruque couleur feu, une silhouette de pin-up de plage, un vrai tempérament comique et un timbre au volume un peu mince par rapport à l’espace Bastille mais aux couleurs vives jusqu’aux aigus triomphateurs. Pour Ariane, la diva, on avait entendu Katarina Dalayman, Solveig Kringelborn, Riccarda Merbeth. Toutes certes convaincantes mais sans commune mesure avec la performance, irradiante, exceptionnelle de Karita Mattila qui fut il y a douze ans une mémorable Salomé du même Richard Strauss. Les superlatifs se bousculent pour décrire sa présence solaire, son jeu de tragédienne, ses vibrations raffinées en accord parfait avec les lignes straussiennes. Au cinéma on dirait qu’elle crève l’écran, ici elle illumine la scène et fait battre les cœurs.

Martin Gantner reprend avec aplomb le rôle du maître de musique, Franz Grundhebher, Edwin Crossley-Mercer (Arlequin), Oleksiy Palchikov (Scaramouche), Andriy Gnatiuk (Truffaldin) Cyrille Dubois (Brighella) forment le quatuor commedia dell’arte transformés ici en vacanciers style Club Med, Klaus Florian Vogt campe en héros séducteur ce Bacchus égaré de corps et de cœur parmi les humains.

Après Pinchas Steinberg et Philippe Jordan, c’est le jeune danois Michael Schönwandt récemment nommé à la tête de l’Opéra Orchestre National de Montpellier qui insuffle fougue et panache aux instrumentistes de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Il prendra ses nouvelles fonctions « montpelliéraines » dès septembre 2015. On lui souhaite bonne route.

Ariane à Naxos de Richard Strauss, livret de Hugo von Hofmannsthal ; orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Michael Schönwandt mise en scène et costumes Laurent Pelly, décors Chantal Thomas, lumières Joël Adam. Avec Karita Mattila, Sophie Koch, Daniela Fally, Martin Gantner, Klaus Florian Vogt, Dietmach Kerschbaum, Piotr Kumon, Kevin Amiel, Ugo Rabec, Olga Seliversrova, Ruzan Mantashyan, Edwin Crossley-Mercer, Andriy Gnatiuk, Cyrille Dubois .

Opéra Bastille du 27 janvier au 17 février 2015

08 92 89 90 90 - www.opera-de-paris.fr

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