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Critiques / Opéra & Classique

Ariadne auf Naxos – Ariane à Naxos de Richard Strauss

par Caroline Alexander

L’éblouissante Ariane d’Amber Wagner, révélation d’une voix et d’une présence

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C’est l’histoire d’un richissime mécène – le plus fortuné de Vienne – qui invite ses hôtes à la création d’un spectacle où la tragédie et la farce, l’opéra seria et la commedia dell’arte s’affrontent et s’entremêlent. A Nancy, en prélude au dit spectacle, six invités en tenues de soirée chic, sont conviés à un banquet servi sur une estrade dans le grand foyer du théâtre. Deux musiciens accompagnent leurs agapes, le champagne coule...

Pour le plus atypique des opéras de Richard Strauss, le metteur en scène David Hermann a choisi ce doublé spectateurs/acteurs. On le retrouve, après le prologue avec les six comédiens muets installés dans deux loges, puis, au final, défilant sur la scène pour congratuler, selfies en mains, les chanteurs venus saluer. Petit grain de sel : agacé, le ténor envoie balader sa groupie et claque la porte…

Hermann, comme beaucoup de metteurs en scène, aime surprendre, trouver l’angle auquel on ne s’attend pas mais auquel, par une habile pirouette, il donne un sens nouveau. Après L’Italienne à Alger de Rossini, Iolanta de Tchaïkovski, Armide de Lully (WT 3178, 3731, 4688), c’est la quatrième fois qu’il aiguise les armes de son imagination sur le plateau de l’Opéra National de Lorraine.

Après la mise en appétit mimée dans le foyer, il s’attaque au prologue comme à un vaudeville où les portes claquent sur des querelles de petits chiffonniers et de grands egos. Chaque porte s’ouvre sur les domaines secrets des protagonistes qui s’affrontent comme des joueurs de rugby, les comiques et les tragiques sommés de s’entendre autour d’un compositeur qui ne sait plus où donner de la note. L’entente forcée des deux parties aboutit au spectacle dont le décor révèle d’emblée les divisions. Deux mondes, deux univers. Côté jardin la nature et sa forêt aux reflets d’or a les formes et les couleurs d’un tableau oscillant entre Fragonard et Watteau. La balançoire fleurie sur laquelle Zerbinette chante quelques-uns de ses grands airs pourrait illustrer un livre d’images pour enfants sages. Côté jardin, c’est l’inverse, noires sur noir, les ruines d’un palais font sortir de l’ombre les figures des tragédies antiques, le tombeau astiqué par trois servantes en guenilles pourrait être celui d’Agamemnon, tandis qu’Ariane, en absolue solitude, fait écho aux Antigone et Electre des Atrides.

Farce, satire et amoureuse mélancolie se reflètent en confusion virtuose dans le livret d’Hugo von Hoffmansthal et la musique de Strauss. Pour en extraire le suc hors de l’ordinaire il faut des interprètes hors du commun. Ils ont ici été parfaitement réunis. A commencer par la révélation de la tenante du rôle- titre : la soprano américaine Amber Wagner qui à elle seule porte la production au sommet. Ronde de silhouette et ronde de timbre, elle atteint les cimes de la beauté par son medium velouté, ses graves noirs d’encre et ses aigus ensoleillés. L’ampleur de sa voix irradie, sa présence, sa diction, son jeu bouleversent. Une révélation.

Ses partenaires réussissent à s’imposer. La Zerbinette de Beate Ritter, avec ses bouclettes blondes et sa robe rouge, a l’allure candide d’une Heidi des Alpes, et, au-delà de son apparence ingénue impose des coloratures qui volent haut dans les suraigus, sans jamais voler en éclats. La mezzo Andrea Hill a la charge difficile de défendre le rôle du compositeur, rôle d’homme composé pour une voix de femme. Elle en fait une femme qui reste femme en habit d’homme, toute en souplesse et minceur de corps et étroitesse de voix. Joseph Wagner en maître musique use avec humour des graves de sa belle voix de baryton basse, Bacchus hérite des rondeurs et de la clarté de timbre du ténor Michael König. Arlequin, Scaramouche, Brighella, Truffaldino, toutes les figures de la commedia dell’arte ont trouvé en John Brancy, Alexandre Sprague, Christophe Berry, Jan Stava des doubles tout à fait crédibles en jeu trépidant et en voix assurées. Les suivantes d’Ariane – Heera Bae/la naïade, Lucie Roche/Dryade, Elena Galitskaya/l’Echo – lui apportent vigilance et grâce. Le comédien Volker Muthmann s’empare du rôle parlé du majordome en bateleur, meneur de jeu monté sur ressorts.

Rani Calderon, dans la fosse, a su, tout en finesse, rendre à la partition de Strauss, à la fois l’intimité de ses couleurs chambristes et l’énergie qui reste sa marque de fabrique.

Ariadne auf Naxos de Richard Strauss, livret de Hugo von Hofmannsthal, orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction Rani Calderon, mise en scène David Hermann, décors Paul Zoller, costumes Michaela Barth, lumières Fabrice Kebour. Avec Amber Wagner, Beate Ritter, Andrea Hill, Joseph Wagner, Michael König, Volker Muthmann, Ju In Yoon, Thomas Florio, Andrew Mac Taggar, Heera Bae, Lucie Roche, Elena Galitskaya, Christophe Berry, John Brancy, Alexander Sprague…

Nancy – Opéra National de Lorraine, les 6, 8, 13 & 15 juin à 20h, le 11 à 15h

03 83 85 33 11 – www.opera-national-lorraine.fr

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