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Critiques / Théâtre

Archipel de Issam Bou Khaled

par Dominique Darzacq

De rire et d’effroi.

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« Le rire est la politesse du désespoir ». le dicton colle comme une évidence au spectacle Archipel, écrit et mis en scène par Issam Bou Khaled qui fait faire des pirouettes au temps pour mieux nous raconter son pays, le Liban, déchiré par trois décennies de guerres civiles et d’invasions. Nous sommes en 2100 au cœur d’une glauque coulée d’ordures qui avance comme une tumeur dans la mer. En émergent un vieux docteur aveugle, une ancienne danseuse de cabaret, enceinte jusqu’aux dents et muette, un jeune homme sourd et apeuré, trois morts vivants qui n’ont que leur mémoire en lambeaux pour survivre : « Te souviens-tu du bruit des battements du cœur ? », demande l’aveugle au sourd. L’existence de ce trio de handicapés perdus et éperdus, pataugeant dans les oubliettes de la vie que sont les égouts, est brusquement bouleversée par l’irruption d’un nouveau déchet jeté dans un sac plastique, un bébé éprouvette raté, moustique vibrionnant et bavard.

Un sabbat déjanté et poétique

Ici, et c’est ce qui secoue, la fiction s’ensemence de la réalité : « pendant la guerre, les enlèvements et les exécutions étaient choses courantes à Beyrouth. A la fin de la guerre, dans un des quartiers de la ville, les déchets et les décombres mais aussi des cadavres et des morceaux de corps ont ensuite été jetés à la mer. C’est ainsi que nous avons gagné un kilomètre de terre solide en plus, sur lequel on a planifié la construction de projets architecturaux très sophistiqués » explique Issam Bou Khaled qui, de la déraison « d’une société qui se nourrit de la guerre comme si c’était son oxygène » a tiré une pièce folle, tissée de rire et d’effroi, aussi noire que somptueuse. La mise en scène en organise un sabbat déjanté et poétique, nous plonge dans un tableau de Jérôme Bosch dont le pinceau aurait copulé avec le crayon d’un Mignola ou d’un Franck Miller. Par la force et l’agilité dansante des comédiens, la bande-son pétrie d’effroyables fracas et d’harmonie, la scénographie nimbée d’horreur et de mystère, cette Fin de partie mâtinée de Helzapoppin, nous en dit, en riant, bien plus long que la télé sur le Liban d’aujourd’hui et ce qui incessamment le menace.

Archipel, écrit et réalisé par Issam Bou Khaled, avec Roger Assaf, Béchara Atallah, Sawsan Bou Kaled, Bernadette Houdeib 1h20
Le Tarmac de la Villette jusqu’au 15 mars tel 01 40 03 93 95.
20h du mardi au samedi, 16h. 23 février et 8 mars

Crédit photo : DR

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