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Critiques / Théâtre

Après une si longue nuit de Michèle Laurence

par Gilles Costaz

L’art de la fraternité

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Ils sont quatre orphelins de la même mère et pourtant pas de la même culture. Leur mère était une mère adoptive, et elle a pris sous son aile, à leur plus jeune âge, un pur Français râleur, un Noir qui affrontera avec surprise le racisme, une juive qui a vu le jour à Jérusalem et un enfant du Proche-Orient toujours aimanté vers les pays de ses origines. Cette mère de substitution, qui fut une vraie mère, est en train de mourir. Ils sont tous revenus, ne s’étant plus revus depuis des années. La pièce les saisit alors qu’ils ont déjà un gros paquet de vie sur le dos – ils ont la quarantaine environ. Puis, très vite, remonte les diverses routes du passé : l’enfance commune, les chemins personnels. Ils sont follement différents et si proches en même temps. Ils renouent avec leurs querelles et leurs complicités ; ils se confient, se dévoilent, se replient, s’ouvrent à nouveau. La fraternité de l’enfance s’est muée en une fraternité qui fait fi des barrières et va au-delà de la solidarité du clan familial.
Ainsi résumé, le beau texte de Michèle Laurence semble respirer le message oecuménique, l’appel idéaliste à nous aimer les uns et les autres. C’est vrai, d’une certaine façon : l’entente cordiale est ici célébrée discrètement mais, puisque les personnages sont d’une vérité craquante et que tout passe par le tissu épidermique, les humeurs souterraines et la machine cardiaque, la pièce se vit comme une traversée touchante et parfois bouleversante des aventures de l’être humain. La mise en scène de Laurent Natrella, qui place ce quatuor au bord d’un jardin, d’un balcon, d’une terrasse, (on ne sait), caresse ces quatre personnes jusque dans leurs silences et leurs secrets battements de cœur. Elodie Menant est sans cesse intense dans la tendresse et l’implication, Slimane Kacioui décortique bien la place du jeu extérieur et celle du jeu intérieur, Olivier Dote Doevi joue comme on fait les pastels les plus délicats, Maxime Bailleul sait être fort en gueule et briser finement l’armure. Tous portent pleinement ce que l’œuvre de Michèle Laurence parvient à imposer, contre l’air du temps - si peu aimant, si agressif, si affamé de cynisme - ce qu’on peut appeler l’art de la fraternité.

Après une si longue nuit de Michèle Laurence, mise en scène de Laurent Natrella, scénographie et costumes de Delphine Brouard, son de Dominique Bataille, avec Maxime Bailleul, Olivier Dote Doevi, Slimane Kacioui, Elodie Menant.

Théâtre du Roi René, 20 h 30. (Durée : 1 h 20).

Photo Ausln.

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