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Critiques / Danse

Anne Teresa de Keermaeker

par Yves Bourgade

Le corps à corps de la danse avec la musique

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L’affiche que propose jusqu’au 8 novembre au Palais Garnier la chorégraphe flamande Anne Teresa de Keersmaeker avec le Ballet de l’Opéra de Paris aligne les noms de trois compositeurs majeurs occidentaux Bartók, Beethoven et Schoenberg sur les musiques desquels s’appuient respectivement trois chorégraphies, « Quatuor no 4 », « Die grosse fuge » (La grande fugue) et « Verklärte nacht » (La nuit transfigurée).
Rapidement considérée, au début des années 80 comme la figure de proue de la nouvelle danse flamande Anne Teresa de Keersmaeker (née en 1960) a été invitée à se produire à l’Opéra de Paris en 1993 avec sa compagnie Rosas, dix ans après la création de cette dernière à Bruxelles. En 2011, le Ballet de l’Opéra inscrivait à son répertoire la première chorégraphie de cette créatrice , « Rain » sur une musique de Steve Reich.
Le programme « Bartók/Beethoven/Schoenberg » est sa deuxième collaboration avec la première troupe de danse française. Il témoigne magnifiquement des « singuliers dialogues » ou mieux dits des « corps à corps » imaginés par la chorégraphe entre la danse et la musique dite « classique ». Initialement chacune de ces chorégraphies appartiennent à des ensembles en plusieurs parties, mais « par ailleurs, explique Anne Teresa de Keersmaeker, en les créant j’ai toujours voulu faire en sorte que ces pièces puissent également exister de manière autonome ». Cette affirmation se vérifie avec les danseurs de l’Opéra de Paris.
Avec « Quatuor no 4 » pour quatre danseuses et les quatre musiciens installés en fond de plateau, pièce qui a été créée en 1986, on se familiarise avec ce qui fut à ses débuts l’image de marque de Anne Teresa de Keersmaeker. Les interprètes ont des allures de collégiennes délurées, cheveux au vent, bottines et jupettes noires. On est loin des tutus, des pointes et des rigoureux chignons des « petits rats ». Pendant 35 minutes, les danseuses évoluent sur les mouvements de la partition de Bartók, joyeusement, parfois impertinemment, dans des trajectoires enchevêtrées, tantôt décalées, tantôt superposées.
« La grande fugue » pour sept danseurs et une danseuse à la tenue masculine (un costume noir deux pièces et une chemise blanche) témoigne de la recherche rigoureuse par la chorégraphe d’un vocabulaire spécifiquement masculin basé sur la chute et le relèvement des corps. La pièce qui dure 18 minutes date de 1992. Elle relève aussi un défi lancé par à l’écriture contrapuntique raffinée de Beethoven dans cette « Grande fugue » de son « Quatuor en si bémol majeur ». Les archets sont également sur la scène et les interprètes dansant donnent l’impression de répondre à la musique.

Dans « La nuit transfigurée » de 1995 qui s’appuie sur la version pour orchestre à cordes de la ténébreuse élégie post-romantique de Schoenberg, hommes et femmes avec les uns et les autres des vocabulaires différents, sont réunis souvent en couples. La transition entre ces duos est opérée par de courts mouvements de danse à trois. La pièce d’une durée de trente minutes s’appuie sur un argument tiré d’un poème de Richard Dehmel : dans une conversation nocturne, une femme enceinte d’un autre homme confesse son secret à son nouvel amant. Tout est insinué par la chorégraphe, très inspirée dans son vocabulaire, dit-on, entre autres par les sculptures de Rodin. Anne Teresa de Keersmaeker glisse des indices et démultiplie le couple initial dans un décor de colonnes suggérant les arbres d’une chênaie. Le mouvement général de cette composition est irrésistible et les danseurs de l’Opéra donne l’impression d’y adhérer pleinement. Sa complexité réclame toutefois une particulière attention du spectateur au risque de perdre bien des détails…

Palais Garnier :
Durée 1H45
6 et 7 novembre à 19H30, de 10 à 120 euros
26 octobre et 2 novembre à 19H30, de 10 à 99 euros
24, 27 octobre à 19H30, 28 octobre 20H3O, 30 et 31 octobre, 3 et 5 novembre à 19H30 et 8 novembre à 14H30, de 10 à 110 euros.

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