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André Lischke. Guide de l’opéra russe, Fayard

par Olivier Olgan

Un guide indispensable pour pénétrer l’âme lyrique russe

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Alors que Snégourotchka (La Fille des neiges) de Rimski-Korsakov fait son entrée à l’Opéra de Paris, André Lischke publie un Guide de l’opéra russe chez Fayard qui révèle que nombreuses pépites restent à découvrir.

Il y a maintenant plus de 10 ans qu’André Lischke faisait paraître chez Fayard son indispensable «  Histoire de la musique russe des origines à la Révolution », panorama précieux pour comprendre les ressorts profonds d’un continent musical encore largement inconnu en occident au-delà des grands noms. Toujours chez le même éditeur, c’est sous forme cette fois assumée d’un Guide qu’il se consacre à l’opéra russe habités par nombreuses figures que quelques grands arbres – et quelques murs - ont trop souvent occultées.

Une approche pédagogique avec deux partis-pris pratiques : d’une part, garder une approche chronologique (plus qu’un simple dictionnaire d’œuvres ou de compositeurs) pour mieux embrasser les mouvements historiques qui le nourrit et surtout les caractériser et d’autre part, une fois situé dans on contexte historique, doter de chaque œuvre qui selon lui « constitue un univers en soi, mérite une approche individuelle » et de fait, d’un outil le plus complet possible ; synopsis du livret, commentaire musical, et des indications d’écoute ou discographiques. Travail de titan s’il en est, nourri d’une plume tonique et parfois caustique, tant l’époque avec son cocktail d’idéologiques, de censures et d’instrumentalisation politiques bouscule les créateurs…
Ici, la subjectivité des analyses des événements comme de l’importance des œuvres est elle aussi assumée, rendant la lecture instructive, parfois « grattante » mais toujours éclairante.

L’ambition est claire : montrer de quoi l’opéra russe est l’expression musicale. Et elle est tenue : pour chaque œuvre traitée, même les plus incomplètes pour cause de censure, de tracasserie éditoriale ou d’urgence, l’auteur définit les types de sujets, les sources littéraires, les typologies vocales et psychologiques sans oublier au besoin de les comparer aux opéras contemporains d’autres pays. Ce qui est constitue l’un des outils les plus complets en langue française du moment. Même si l’auteur dans sa conclusion « Regrets et perspectives » souhaite qu’un relais soit pris pour embrasser de façon plus exhaustive les opéras postsoviétiques produits dans leur langue nationale qui pourraient « trouver leur place aux cotés de leurs confrères grands-russiens. »
Ce qui guide notre auteur dans ces choix est de disposer des informations musicales et biographiques ainsi que des traditions historiques, littéraires, mythiques… pour les évaluer et faire comprendre leur importance et justifier leur viabilité au-delà de leur environnement culturel stricte.

Un enthousiasme stimulant pour le vivier d’œuvres à découvrir en Occident. Chacune des neuf étapes – de « l’éclosion » officiellement datée au 29 janvier 1736 (représentation de La Forza dell’amore e dell’ odio d’un certain Francesco Araja… à « l’opéra en URSS – la prégnance de l’idéologie » jusqu’au « très intense Cœur de Chien de Raskatov créé en 2009 (voir WT du 27 janvier 2014, la critique de Caroline Alexander) permet d’encapsuler un ou plusieurs auteurs, d’en dégager des perspectives (par exemple ‘de l’allégeance à la subversion’), et ainsi de donner au mélomane de précieuses clés de lecture.

Si de grandes figures tutélaires dominent coté livrets Pouchkine, Lermontov, Gogol, combien d’écrivains ont été malchanceux ou trop modestement servis de Tourgueniev à Boulgakov… l’auteur se consacre aussi aux types vocaux, aux rôles des théâtres entre Saint Petersburg et Moscou pour aider le mélomane à comprendre cette effervescence créative.
Et le moins que l’on puisse dire, est que la lecture confine au vertige tant la galerie de portraits est instructive, passionnante et passionnée. Presque intimidante pour le mélomane tant le nombre des compositeurs croqués et valorisés lui sont inconnus.

Comblant un vide, l’ouvrage est incontournable pour quiconque prétend s’intéresser sérieusement à la musique lyrique russe. Bien conçu et écrit, il révèle un tombereau d’œuvres que les producteurs de salles seraient inspirés de découvrir, et de proposer histoire de sortir des chemins rebattus du répertoire occidental pour aller à la découverte d’un nouvelle frontière.

L’Opéra de Paris montre la voie avec La Fille des neiges [voir WT du 18 avril 2017, la critique de Caroline Alexander]. A tous ceux qui regretteraient la pauvreté de la création contemporaine ! Monsieur Lischke lance un appel : Go east vous ne serez pas décus.

André Lischke Guide de l’opéra russe, Fayard, 2017, 778 pages 38€

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