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Alloula, le regard de l’Algérie

par Gilles Costaz

Deux colloques et des création à Oran

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En France, on connaissait peu Abdelkader Alloula, sinon par l’annonce de son assassinat par les islamistes en 1994, jusqu’à la création des Généreux au festival d’Avignon en 1995, rapidement reprise au théâtre du Rond-Point. La traduction de Benyoussef, la mise en scène de Jean-Yves Lazennec et l’interprétation d’un très belle troupe – avec, à sa tête, le remarquable Sid Ahmed Agoumi – révélaient quel auteur important était Alloula. L’égal de Kateb Yacine. Le Forum du Blanc-Mesnil a aussi beaucoup contribué à faire connaître son œuvre, tandis que de jeunes compagnies montaient d’autres textes. Alloula, c’est un Kafka populaire. Il dénonce la bureaucratie, les erreurs des politiques, tracent les lignes de séparation sociale, sous une forme joueuse, qui s’inspire d’une forme musicale, la Halqa. Au dialogue il préfère le monologue, la narration. Malgré cette facture narrative, c’est extrêmement vivant. Et l’adresse au public casse les barrières et les conventions.

Contre l’oubli

Alloula n’a pu aller au bout de sa réinvention d’un théâtre entièrement écrit en arabe. Ses textes n’en sont pas moins nombreux. Ses écrits théoriques et de nombreux entretiens dans la presse, pour la radio et la télévision permettent de suivre ses choix et de deviner les pistes où il comptait s’engager. Mais l’Algérie était peut-être en train de l’oublier. Pour le vingtième anniversaire de sa mort, le Théâtre d’Oran (qui a pris le nom d’Abdelkader Alloula), le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle d’Oran, la Cinémathèque algérienne d’Oran, le Département des arts dramatiques de l’Université d’Oran et la Fondation Abdelkader Alloula ont organisé une série d’événements – deux colloques avant tout - au cours du mois de mars. De quoi casser cet oubli et confronter l’œuvre de l’écrivain au monde d’aujourd’hui, à la jeunesse et à l’Histoire.

Un jeune homme rigoureux qui rêvait de théâtre populaire

L’auteur vivant, on peut le retrouver, brillant, chaleureux, dans les images d’archives, dans un long métrage qu’il a interprété et à travers sa voix qui dit le commentaire du film d’Azzedine Meddour, Combien je vous aime. Et tous ses textes sont à interroger ! Chercheur algériens et français ont fait à Oran un certain nombre de communications sur l’auteur de Lagoual , Lejouad , Lithem , en se mêlant à de acteurs et des metteurs en scène. Des personnalités comme Ahmed Chenik (Université d’Annaba), Abdelkhalek Derrar (Université d’Oran), Omar Bey (Université d’Oran), Lyza Idirène Saïd Kateb, Benabar Mediene, Lakhdar Mansouri ont mis en évidence autant l’homme politique que l’artiste. Smaïl Hadj Ali a rappelé qu’avant d’être directeur du théâtre d’Oran, Alloula avait été un éphémère directeur du Théâtre national d’Alger : on avait rapidement écarté ce jeune homme rigoureux qui rêvait de théâtre populaire ! De jeunes troupes ont monté certaines pièces. C’est principalement à la veuve de l’écrivain, Raja Alloula, créatrice de la Fondation, et à sa fille, la chanteuse et actrice Rihab Alloula, que l’on doit cette réaction contre un risque d’indifférence alors même qu’arrive l’élection présidentielle en Algérie. Une cérémonie au cimetière et la pose d’une plaque à l’emplacement où Alloula a été assassiné ont amplifié l’émotion de cette semaine d’hommages. Et si, en France, on revenait à Alloula et si on montait à nouveau son théâtre, éclatante machine à jouer et à penser ?

La traduction des « Généreux » par Messaoud Youcef a paru chez Actes Sud Papiers.

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