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Critiques / Théâtre

Alimentation générale de Denis Baronnet et Ronan Yvon

par Gilles Costaz

Humour sanglant

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Est-ce le succès de La Dame blanche de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino (actuellement à la Renaissance) qui suscite la naissance d’autres spectacles horrifiques, jouant sur la peur (relative) du spectateur ? Il y a, de toute façon, dans les œuvres de cette tendance, une inspiration qui vient du cinéma. Alimentation générale, créé aux Béliers Parisiens, se souvient à la fois des films de zombies, des scénarios consacrés aux vampires et du thème très classique du savant fou. Les deux auteurs, Denis Baronnet et Ronan Yvon, pataugent dans le sang et le sanguinolent, mais pour rire. Les zombies, comme les vampires, donnent de terribles coups de mâchoires et transforment leurs victimes en autres zombies – c’est-à-dire des créatures plutôt nocturnes qui semblent sortir des tombeaux et s’introduisent chez les braves gens sans crier gare. Au début de la pièce, les carnivores sont déjà en train de conquérir Paris. Une jeune femme parvient à leur échapper pour rejoindre sa fille mais elle la trouve en train de manger son compagnon à pleines dents ! Désormais, c’est le course contre la montre : les non-contaminés tentent de survivre, une biologiste essaie de mettre sur pied le vaccin qui arrêtera le processus de destruction de l’individu mordu par un monstre – mais celle-ci est prête à décapiter ses cobayes pour faire progresser ses recherches...
Les indispensables pincées d’humour sont absentes dans les premières minutes, basées sur l’effroi. Donc le début est un peu sec. Mais les auteurs renouvellent peu à peu les situations et l’habile mise en scène de Frédéric Thibault , aidée d’effets spéciaux, donne une vie étonnante au plateau avec trois aires de jeu parallèles où l’action a lieu de façon simultanée ou dans une succession précipitée. Les scènes les plus belles sont doute celles où la scientifique machiavélique prépare avec son assistant une contre-attaque aussi perverse que peut être la stratégie d’un zombie au mieux de sa forme : surélevée par ses longues jambes, des talons hauts et des lumières glauques, Nathalie Mann est une prêtresse du mal digne des BD les plus suffocantes. Autour d’elle, la plupart des comédiens jouent plusieurs rôles et sont issus de mondes sensiblement différents. Certains, comme l’excellent Philippe Bérodot, viennent du secteur du théâtre subventionné du théâtre. Ariane Mourier est elle-même auteur (on lui doit le très amusant Les lapins sont toujours en retard). Ce mélange d’artistes qui ne viennent pas ce qu’on appellera la rigolade balourde mais d’horizons et de générations très variés donne à l’ensemble un art d’être plus vrai sur un plateau, alors que rien n’est vraisemblable ! La farce est énorme mais il y a beaucoup de finesse dans sa cuisine à l’hémoglobine.

Alimentation générale de Denis Baronnet et Ronan Yvon, mise en scène de Frédéric Thibault, scénographie de Sarah Bazennerve et Jacques Oursin, lumières de Denis Koransky, costumes de Cécile Magnan, son d’Arthur Gauvin, vidéos de Fabien Peborde, effets spéciaux de Valérie Lesort et Lurent Huet, avec Philippe Bérodot, Ariane Brousse, Martin Darondeau, Nathalie Mann, Ariane Mourier, Ghitta Serraj.

Théâtre des Béliers parisiens, 21 h, tél. : 01 42 62 35 00, jusqu’au 10 juin. (Reprise dans le off d’Avignon aux Béliers en juillet).

Photo DR.

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