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Critiques / Opéra & Classique

Alcione de Marin Marais

par Caroline Alexander

Résurrection d’un classique oublié, en beauté, agilité et quelques longueurs

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On ne l’avait plus vue sur scène depuis plus de deux siècles :… Alcione, héroïne de l’ultime opéra de Marin Marais (1656-1728), créé en 1706 et joué sans relâche jusqu’en 1771, avait disparu depuis cette date. On la retrouve, intégrale, en ce mois d’avril 2017, en célébration de la réouverture de l’Opéra Comique après 20 mois de travaux intensifs et de rajeunissement à l’authentique.

Tout est comme avant et mieux qu’avant : la façade pimpante, le hall d’entrée en blancheur laiteuse, la salle remise en pente douce pour améliorer la visibilité, sa moquette, ses velours, ses tentures en rouge ambré, couleur Favart, comme le gâteau qui porte son nom. Colonnes de marbre, sculptures, dorures, fresques, plafond tout a retrouvé son éclat d’origine, et, dans les coulisses c’est la modernité technique qui a pris le pas sur les structures anciennes.

Coïncidence : il y a tout juste 30 ans, en réouverture de cette même salle, le rideau s’ouvrait sur Atys de Lully, chef d’œuvre du répertoire baroque restitué dans une production devenue légendaire (voir WT du 17 mai, sa reprise de 2011). C’est son élève, Marin Marais, qui en assure cette fois le nouveau souffle. Enfant chéri de la cour de Louis XIV, il en était le musicien le plus joué, puis, au fil des décennies et des siècles, sa réputation s’estompa jusqu’à ce que le film d’Alain Corneau Tous les matins du monde en fit renaître les sonorités en 1991.

Les ensembles de musique ancienne rejouèrent dès lors un peu partout ses pièces pour viole de gambe. Mais sa production lyrique restait dans l’ombre. La renaissance de son ultime Alcione résonne comme un nouvel hommage à ce génie baroque devenu familier à nos oreilles. Surtout quand il est placé sous la vigilance musicale de Jordi Savall qui avait enregistré la bande originale du film de Corneau et qui en connaît chaque secret.

Louise Moaty connaît elle aussi fort bien ce répertoire parcouru aux côté de Benjamin Lazar dans des reconstitutions éclairées à la bougie. Mais ici, elle leur tourne allègrement le dos et traite en prestidigitatrice de cabaret la fable marine de la fille d’Eole, le roi des vents, épouse du roi Ceix, contrariée par la jalousie de ses prétendants éconduits, Pelée et Phorbas.

Le rideau se lève sur un plateau nu. Du déjà vu ? Pas tout à fait. L’immense scène se fond en intimité avec la salle. Des cordages naviguent par-dessus des eaux imaginaires. La mer invisible est omniprésente. C’est par-dessus ses vagues que se déclenchera la fameuse tempête, morceau choisi, le plus connu de la partition. Elle tonne, elle explose. Une foule de danseurs et d’acrobates circassiens voltigent, grimpent, sont emmenés dans les cieux des cintres ou flottent en apesanteur. Ils sont démons en rage, insectes volants, bondissent sur la musique comme sur du hip hop. Les danseurs chantent et les chanteurs dansent.

Dans leurs costumes aux allures années soixante - pantalons pattes d’éléphant, robes ballonnées -, choristes et solistes enjambent les années et drainent la musique de Marais dans la nostalgie d’un passé proche. Les lumières jouent sur les ombres, parfois trop, embrumant personnages et accessoires dans des halos nuageux.


A 23 ans, la mezzo Lea Desandre apporte grâce et fragilité à l’amoureuse Alcione, un jeu axé sur la pudeur, une voix encore en manque de legato mais dont les aigus filent aux cimes. Cyril Auvity, ténor au timbre clair, est Ceix, le roi, l’humain, l’homme de sa vie, un peu raide dans les deux premiers actes, puis trouvant peu à peu aisance et sûreté. Pelé, le jaloux qui va détruire leur couple, incarné par le rayonnant Marc Mauillon devient, malgré son méchant personnage, le vrai héros de l’épopée. Par la finesse de sa diction où chaque syllabe est ciselée, par l’or ambré de son timbre de baryton, par la subtilité d’un jeu entre tourments et regrets. Lisandro Abadie fait passer la noirceur de ses graves de Pan à Phorbas, les nébuleuses de la basse Antonio Abete habillent aussi bien Neptune que le grand Prêtre de l’Hymen, Hasnaa Bennani fait d’Ismène une chipie sur les nerfs.

L’orchestre du Concert des Nations fondé par Jordi Savall et Montserrat Figueras en 1989, répond toujours aussi fidèlement à la vigueur rigoureuse son créateur et chef, faisant vibrer le vent, la terre, la mer, en douceur et en orages, en intimité et robustesse. Percussions, cordes, dessus, tailles et quintes de violons, théorbes, vents, flûtes et hautbois, et clavecin servent la musique de Marais en familiarité.


L’ensemble s’étire sur trois heures trente. C’est trop. Tout se répète. Les actions, les airs, et, par répercussion leur traitement scénique. Les numéros de cirque d’abord époustouflants finissent par avoir des allures de déjà vus. A la cour de Louis XIV les amateurs de musique se promenaient, bavardaient, buvait un verre… Ils sont aujourd’hui vissés à leurs fauteuils. Et le temps n’a plus la même élasticité.

Alcione tragédie lyrique en cinq actes de Marin Marais, livret d’Antoine Houdar de La Motte. Orchestre et chœur du Concert des Nations, direction Jordi Savall, chef de chœurs Lluis Vilamajo, mise en scène Louise Moaty, chorégraphie Raphaëlle Boitel, scénographie Tristan Baudoin, costumes Alain Blanchot, lumières Lavisse, régisseur cirque Nicolas Lourdelle. Avec Lea Desandre, Cyril Auvity, Marc Mauillon, Lisandro Abadie, Antonio Abete, Hasnaa Bennani, Sébastien Monti… Danseurs et circassiens.

Opéra Comique, les 26, 28 avril, 2, 4 & 6 mai à 20h. Les 30 avril et 7 mai à 15h
0 825 01 01 23 – www.opera-comique.fr

Photos Vincent Pontet

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