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Critiques / Opéra & Classique

Alcina de Haendel à l’Opéra Garnier

par Noël Tinazzi

Alcina à petit régime pour les fêtes.

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En cette fin d’année, l’Opéra de Paris remet à l’affiche une des valeurs-phares de son répertoire : Alcina, l’opéra baroquissime d’Haendel (1735), inspiré du poème épique de L’Arioste Orlando furioso. Dans la production du metteur en scène Robert Carsen, créée à grands succès en 1999 avec les stars Renée Fleming, Susan Graham, Natalie Dessay. Et plusieurs fois reprise depuis avec des distributions différentes, qui rendent cet opéra au long cours (3h30 en trois actes) plus ou moins brillant, égrenant ses innombrables morceaux de bravoure offerts en pâture à la virtuosité des solistes, trilles fleuris et autres arias da capo répétées à satiété.

Sur le plan vocal, le cru 2021 s’avère beaucoup plus modeste que les précédents. D’autant que le parti-pris du metteur en scène de supprimer le merveilleux et le spectaculaire distille toujours la même froideur. Très fouillée, la direction d’acteurs met l’accent sur les affres des protagonistes en proie à la jalousie, aux équivoques, subterfuges, travestissements et autres faux-semblants du sentiment amoureux. Une pointe d’érotisme donne un peu de piment au livret totalement invraisemblable, à la limite du compréhensible, multipliant à plaisir les intrigues amoureuses sur l’île enchantée de la magicienne Alcina où elle attire ses amants, avant de les transformer en rochers ou en animaux une fois lassée.

Dans la lave refroidie de la passion

L’action est transposée dans un décor unique qui a pour cadre une grande demeure bourgeoise de campagne. Tout se passe dans la pièce centrale dont les parois, couvertes d’élégantes boiseries, s’ouvrent tout ou partie pour laisser voir des échappées apaisantes vers la verdure environnante ou vers un au-delà plus inquiétant de fantasmes et de visions angoissantes. Dans ce décor grandiose, les acteurs/chanteurs, en costumes contemporains, s’efforcent de donner un peu d’humanité aux personnages qui en manquent singulièrement. Saisissante, la troupe des anciennes proies d’Alcina devenues ses sbires apparaît par intermittence, horde hagarde d’hommes à moitié ou totalement nus, statufiés, comme pétrifiés dans la lave refroidie de la passion amoureuse de la magicienne, ne répondant plus à ses appels à la vengeance et au meurtre.

Sur le plan musical, la réussite est totale. Le chef allemand Thomas Hengelbrock fait résonner la magnificence de la partition de Haendel, particulièrement les cordes de son Balthasar Neumann Ensemble qui officie sur instruments anciens. Tout en veillant à une synchronie parfaite entre le plateau et la fosse.

Complétement renouvelée, la distribution ne laissera pas une trace indélébile avec une phalange de jeunes chanteurs d’horizons divers qui tentent de donner un peu d’humanité aux personnages. Dans le rôle plutôt secondaire de la magicienne Morgana, la soprano Sabine Devieilhe, mutine soubrette à l’agilité vocale étonnante, ravit la vedette à la soprano caribéenne Jeanine de Bique qui, quoique bonne tragédienne, peine à donner à la souffrance d’Alcina délaissée la majesté voulue. Autre rôle marquant, celui de la mezzo Gaëlle Arquez dans le rôle travesti de Ruggiero, qui se montre touchante dans ses tentatives d’échapper aux assauts d’Alcina.

« Alcina » de Georg Friedrich Haendel à l’Opéra Garnier, jusqu’au 30 décembre, www.operadeparis.fr
Mise en scène : Robert Carsen. Direction musicale : Thomas Hengelbrock. Décors et costumes : Tobias Hoheisel. Lumières : Jean Kalman. Chorégraphie : Philippe Giraudeau. Dramaturgie : Ian Burton. Chef des Choeurs : Alessandro Di Stefano
Avec Jeanine de Bique (Alcina), Gaëlle Arquez (Ruggiero), Sabine Devieilhe (Morgana), Roxana Constantinescu (Bradamante), Rupert Charlesworth (Oronte), Nicolas Courjal (Melisso). Musiciens du Balthasar Neumann Ensemble, Chœurs de l’Opéra national de Paris.

Photo : Sébastien Mathe.

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