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Critiques / Théâtre

Adolf Cohen de Jean-Loup Horvitz

par Gilles Costaz

Le destin d’un mal-nommé

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Pas facile de s’appeler Adolf Cohen ! Surtout quand Hitler prend le pouvoir à Berlin en 1934. Or c’est à ce moment-là que grandit, dans un pays de l’Est où la pratique du ghetto est un sport national, le personnage créé par Jean-Loup Horwitz. Ses parents l’ont appelé ainsi innocemment. Le voilà, tandis que les années passent, mal-aimé dans la communauté juive à laquelle il appartient et regardé d’un mauvais œil par les nazis. Tout cela à cause de son nom. Après la guerre il croit trouver le bonheur en France, dans la fièvre libertaire de Saint-Germain-des-prés, mais il doit partir tâter du kibboutz en Israël. Et, là, il découvre qu’au nom de la religion, le pouvoir qui représente le « peuple élu » persécute un autre peuple…
Horwitz a écrit là un conte sur le mode voltairien, tout en restant plus léger, plus bon enfant – ce qui est un exploit quand on aborde ces thèmes-là ! Il n’arrondit pas les angles, il dit très nettement ce qu’il veut dire : que les religions sont intolérantes et qu’il ne faut pas accepter leur message profondément guerrier. Mais il n’est pas cinglant, il ne dénonce qu’en s’amusant et en jonglant avec les contrires. Ce qui est une forme de courage assez rare. Nicole et Jacques Rosner – qui avaient disparu du paysage théâtral et qu’on est heureux de retrouver – montent ce texte à la va-comme-je-te-pousse, c’est-à-dire très subtilement, comme si tout naissait au fur et à mesure de la parole de l’acteur principal, comme si un changement de place ou le troc d’un foulard contre un autre était un geste aussi percutant que l’utilisation d’accessoires à quelques milliers d’euros la pièce. Ainsi, Isabelle de Botton incarne une série de femmes en modifiant hâtivement ses tenues et ses coiffes. Elle est irrésistible.
Jean-Loup Horwitz assure lui-même le rôle central de ce Cohen appelé Adolf. Sourire sous cape, l’air étonné, avec la mine de celui qui ne comprend pas, il détaille les aventures du malheureux Cohen. Il conte plus qu’il ne joue. Il fait passer élégamment le gag avant la charge politique. Sa pièce appartient au « parti d’en rire » qu’avait imaginé Pierre Dac. Le théâtre moderne nous a habitués à plus de dureté, à plus d’apocalypse. Horwitz blague au-dessus des volcans. On pourrait dire qu’il est Charlie, mais dans la douceur.

Adolf Cohen de Jean-Loup Horwitz, mise en scène de Nicole et Jacques Rosner, costumes de Chouchane Abello, son de Professeur Inlassable, lumières de Stéphane Baquet, avec Jean-Loup Horwitz.

Au coin de la lune, 14 h 20, tél. : 04 90 39 87 29.

Photo Jacques Combe

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